Philippe Garrel, la jalousie, encore
"L'ombre des femmes", c'est un peu la métaphore du cinéma de Philippe Garrel.
- Publié le 14-05-2015 à 15h13
- Mis à jour le 14-05-2015 à 15h16
"L'ombre des femmes", c'est un peu la métaphore du cinéma de Philippe Garrel. Pierre (Stanislas Mehrar), réalisateur de documentaires que personne ne voit et ne commande, vit chichement avec Manon (Clothilde Courau) - sa femme, sa cadreuse, sa monteuse. Leur vie se mêle et s'entre-mêle jusqu'à ce que Pierre entame une liaison avec Elisabeth (Lena Paugam), stagiaire-monteuse, plus jeune que lui.
Pour Pierre, nous dit le narrateur, pas de grande interrogation : "Les hommes sont comme ça" - et avoir une maîtresse sans vouloir quitter sa femme est dans l'ordre des choses. Mais l'homme, conforme à son genre, verra d'un tout autre oeil celle de Manon la délaissée - et son aigreur se retournera vers Elisabeth.
Simple, linéaire, débarrassé de tout oripeau dramatique, le cinéma de Garrel cherche cette équilibre entre son héritage godardien - son premier amour - et la fiction plus classique - sa maîtresse depuis vingt ans - ne voulant abandonner ni l'un, ni l'autre. La réaction de Pierre aux événements est comme un écho au titre du dernier film en date du réalisateur : La Jalousie.
Décors simples et récurrents, protagonistes au nombre réduit, intrigue directe et linéaire, cadre fixe : "L'ombre des femmes" est une épure hérité d'un autre âge, que souligne son noir et blanc désormais numérique. Une ouverture naturelle de la Quinzaine des Réalisateurs, née de la scission post-mai 68 du Festival de Cannes, et dont Garrel fut un des premiers sélectionnés. Mais en même temps, un come-back en porte-à-faux avec la prospective dont elle fait son essence depuis quatre ans. Peu importe qu'entre les images pointe aussi le portrait très actuel d'une génération de quadra paumés, désargentés, dont les idéaux sont même trahis par ceux qu'ils croyaient être les héros d'hier (le faux Résistant).
Reste que l'intégrité des sélectionneurs comme du réalisateur forcent le respect : il en est qui ne baissent pas les armes face aux impératifs du marché. Et Garrel arrache même des rires à la salle face à la vergogne éhontée de Pierre, monstre d'égoïsme au coeur d'artichaut.
Pas de quoi faire de l'ombre probablement à la moitié de la sélection à venir. Mais une entrée en matière qui a valeur de profession de foi admirable.
Réalisation : Philippe Garrel. Scénario : Jean-Claude Carrière, Caroline Deruas, Arlette Langmann, Philippe Garrel. Avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Lena Paugam,... 1h13
