Festival de Cannes

Au Festival de Cannes, « Plaire, aimer, courir vite » de Christophe Honoré est l'anti « 120 battements par minute »

Pierre Deladonchamps incarne un écrivain parisien frappé par le sida au début des années 90.

T'en a pas marre de la péter ! Qui dit cela à qui ? On ne sait plus mais cela résume bien le sentiment général du film. Voilà un moment qu'on suit Jacques, et on a beau faire des efforts, l'empathie n'y est pas. Pourtant, on est en 1993, il a le sida, il vit avec son garçon de 10 ans et son « ex » en phase terminale déboule dans son appartement.

Mais ce qui met en rogne cet écrivain parisien, c'est l’hôtel que lui a réservé la maison de la culture de Rennes où il venu donner une conférence. Aurait-on logé Patrick Modiano ou J. M. G. Le Clézio dans ce 2 étoiles ? Il est d'autant plus vexé que lorsqu’on a lu ce qu'il écrit, la moindre des attentions aurait été d'envoyer un jeune éphèbe blond ou un brun balèze à moustache pour l'accueillir. De rage, il rentre dans un ciné et drague le premier breton à la ronde, un malheureux qui s'ennuie à la vue du « Piano » de Jane Campion.

Heureusement il y a Deladonchamps

« Plaire, aimer, courir » est le contre-champ de « 120 Battements ». Le film de Robin Campillo renouvelait l'approche d'un moment historique au moyen d'une mise en scène sensorielle. Le film allait du collectif vers l'intime et le réalisateur utilisait son vécu pour charger l'image d'une authenticité sans jamais se mettre en scène. Le film de Christophe Honoré prend le point de vue opposé – au point d'exprimer son mépris pour Act Up au passage. Le regard de Jacques ne dépasse jamais ses pulsions. Il ne voit même pas son fils, qui prend la place d'un chien dans sa vie.

Si le film était un biopic, on dirait que ce portrait sans concessions éclaire la personnalité de l'écrivain. Mais comme il s'agit de personne qui se prend quelqu'un, c'est une fausse piste. Enfin, pas tout à fait, puisque le jeune amant qui n'aime pas « The Piano », n'est autre que Christophe Honoré. Il propose donc ici sa plongée dans la communauté gay comme on en a vu des dizaines de depuis « Prick up your ears ». Autant « 120 Battements par minute» était un grand film contemporain et Robin Campillo un inventeur de forme, autant « Plaire, aimer, courir vite » est un film nombriliste appartenant au traditionnel cinéma d'auteur parisien académique.

Il apporte toutefois une réponse à une question qui passionne certains : un bon acteur peut-il tirer son épingle du jeu dans un mauvais film ? « Plaire, aimer,courir vite » renforce sans ambiguïté le camp du « oui ». Pierre Deladonchamps est antipathique, sentencieux, egocentré d'un bout à l'autre mais on ne peut s’empêcher d'admirer le travail de composition de l'acteur.