Festival de Cannes

Que vaut encore la Palme d’or ? Bien sûr, on est content pour Ken Loach. L’homme est généreux, touchant, engagé et son cinéma lui ressemble. Mais qu’est-ce qu’on est triste pour le cinéma. Non, pas triste pour le cinéma, triste pour le 7e art.

Il existe deux moyens essentiels de faire connaître les films, de créer chez le spectateur l’envie irrépressible d’en découvrir un nouveau alors que 20 titres sortent tous les mercredis à Paris et une dizaine en Belgique : l’argent et la notoriété. Le cinéma hollywoodien consacre aujourd’hui des sommes faramineuses à la promotion de sa production parfois davantage que pour fabriquer le film lui-même. Avec les résultats que l’on sait.

La seule alternative à ce rouleau commercial, c’est la notoriété qu’un film peut acquérir lors de remises de trophée (oscars, césars, etc.) et dans les palmarès des festivals. La Palme est le plus prestigieux de ces prix. Pour combien de temps encore ?

La Palme dévaluée

Déjà ses performances sont de plus en plus faibles. Année après année, elle se dévalorise en envoyant un mauvais signal au spectateur. Celui qui est allé voir "Oncle Boomee" et puis "The Tree of life" l’année suivante doit se dire que la Palme d’or consacre un film abscons. Et quel est le film de Jacques Audiard qui a le moins bien marché ? C’est "Dheepan", la Palme d’or de l’an dernier.

Pourquoi le festival de Cannes passe-t-il systématiquement à côté de la Palme ?

C’est la question urgente que la direction doit se poser sous peine de saboter l’outil le plus précieux à la disposition du 7e art.

Ce n’est pas la faute de Ken Loach, il a fait un film chaleureux, militant, comme d’habitude, mais pas une Palme. Pourquoi le jury a-t-il délibérément ignoré trois des quatre films qui ont réellement enthousiasmé la Croisette ?

Les trois absents

"Elle", thriller dérangeant du Hollandais Paul Verhoeven avec une extraordinaire Isabelle Huppert, a "zlatané" une sélection française indigente. Absent du palmarès.

"Paterson" de Jim Jarmusch est, comme "Ida" de Pawel Pawlikowski par exemple, un film qui a la grâce, un film qu’on ressent chimiquement, un film rare et miraculeux. Absent du palmarès.

S’il est un film qui a enthousiasmé la Croisette tout au long de cette 69e édition, c’est "Toni Erdmann". L’œuvre de Maren Ade était sur toutes les lèvres : la découverte, la révélation, le coup de cœur. Absent du palmarès.

Seul Cristian Mungiu a trouvé grâce aux yeux du jury. "Baccalauréat" a obtenu un demi-prix de la mise en scène partagé avec Olivier Assayas, formidable réalisateur de "Sils Maria" qui s’est malheureusement planté cette fois avec "Personal Shopper".

Avant qu’il ne soit trop tard, avant que Chopart cède la place à Conforama pour la palme du tapis rouge; le festival doit se pencher sur son fonctionnement qui l’amène à passer à chaque fois à côté de la pépite. L’an dernier, c’était "Le fils de Saul", cette année "Toni Erdmann" et "Paterson".

La célébration du 70e devrait être l’occasion d’une refonte en profondeur. Il en va de l’avenir du 7e art.


Le palmarès du 69e festival de Cannes


La Palme d'Or du court métrage: "Timecode" de l'Espagnol Juanjo Gimenez

La Caméra d'Or: "Divines", de Houda Benyamina >> Lire la critique du film

La Palme d'honneur: Jean-Pierre Léaud

Le comédien Jean-Pierre Léaud a reçu dimanche une Palme d'Or d'honneur au Festival de Cannes, le public réservant une ovation debout à celui qui était venu à Cannes pour la première fois à l'âge de 14 ans.

Le Prix d’interprétation masculine: Shahab Hosseini pour "Le Client" de Asghar Farhadi >> Lire la critique du film

Le prix du jury: "American Honey" de Andrea Arnold >> Lire la critique du film

Le Prix d'interprétation féminine: Jaclyn Jose pour "Ma' Rosa" de Mendoza De Brillante

Le Prix du scénario: "Le Client" de Asghar Farhadi >> Lire la critique du film

Le Prix de la mise en scène: Christian Mungiu pour "Baccalauréat" (Lire la critique du film) et Olivier Assayas pour "Personal Shopper" (Lire la critique du film)

Le Grand Prix: "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan >> Lire la critique du film

La Palme d'Or: "Moi, Daniel Blake" de Ken Loach >> Lire la critique du film