Festival de Cannes

Comme l’Irak, l’Afghanistan a été essentiellement montré au cinéma et dans les documentaires à travers les événements tragiques des quinze dernières années : récit de guerre ou d’espionnage sur fond de radicalisme islamiste. Le plus souvent, en outre, il s’agit exclusivement de productions étrangères, tournées par des non-Afghans.

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, Wolf and Sheep faisait d’autant plus figure de curiosité qu’il a été réalisé par une femme, Shahrbanoo Sadat. Petite mais énergique, souriante comme pas deux, charmante et charismatique, cette jeune femme nous a fait penser à une Agnès Varda afghane : volontaire, refusant d’être enfermée dans un rôle, s’emparant de la caméra pour révélé une réalité simple, mais caché, avec un sens de la poésie et, au naturel, beaucoup d’humour et de drôlerie.

Elle a été récompensée vendredi soir du prix Art Cinema, l’une des principales récompenses remises par les partenaires de la Quinzaine des Réalisateurs. Cette réalisatrice, également productrice, au parcours singulier, a connu la même adolescence que l’héroïne de son film, proscrite dans un village reculé du centre de l’Afghanistan. Loin d’une quelconque amertume, elle en a tiré une force tranquille et un désir profond de traduire à l’écran les réalités de son pays - pour contribuer au changement, mettre fin aux stéréotypes et permettre aussi à d’autres de suivre sa voie.

Wolf and Sheep le premier film authentiquement afghan que l’on découvre depuis des années. Comment l’avez-vous développé ?

Ce fut un projet très difficile. J’ai commencé la développement en 2008. Au départ, il était censé être un documentaire sur un médecin américain travaillant dans l’arrière-pays en Afghanistan. Par ce biais, j’espérais montrer la réalité dans les communautés rurales de l’Afghanistan. J’ai moi-même passé la fin de mon enfance et toute mon adolescence dans un village comme celui qu’on voit dans le film. J’ai mené des recherches pendant trois ans pour préparer le documentaire. Je voulais aborder la question des problèmes ophtalmologiques, très fréquents dans ces communautés. Moi-même j’en ai été victime. Peu avant le tournage, le médecin et son équipe ont été tués par les talibans, dans une embuscade. Parallèlement, je venais d’être sélectionnée avec ce projet par la Cinéfondation cannoise (qui octroie un budget pour l’écriture et le développement pratique d’un film). Je me retrouvais avec une bourse pour un projet qui n’existait plus. J’ai donc essayé de transposer le sujet sous forme de fiction. Du sujet sur une petite fille qui ne voit pas très bien, le récit a évolué vers quelque chose de plus général et précis à la fois : montrer la réalité des enfants grandissants dans ces communautés. Mais j’ai gardé le point de vue de l’adolescente, qui correspond un peu à mon expérience.

En quoi le portrait de cette jeune fille vous correspond-il ?