Festival de Cannes

Exposé dans un musée d'art contemporain, un objet devient-il automatiquement une œuvre d'art ?

Question alternative. Un film projeté en sélection officielle à Cannes fait-il automatiquement de son réalisateur, un auteur ?

Pas besoin de CV, Christian a la classe, l'entregent, l'éloquence, l'aisance et même la voiture – une Telsa – pour diriger le musée d’art contemporain de Stockholm. Après avoir réuni et remercié ses généreux amis donateurs blindés autour d'un buffet gourmet, il rejoint la réunion avec l'agence chargée de la com' de la prochaine exposition : "The square".

Le problème pour l'agence, c'est le produit – on dira l'oeuvre quand on s'adresse aux journalistes. Ce square – un espace dans lequel chaque individu est invité à se préoccuper de son prochain - n'est pas assez clivant. Il est impératif de trouver une idée pour lancer le buzz. Tout roule pour cet homme quand un grain de sable vient gripper sa belle mécanique. Le vol de son téléphone et de son portefeuille. Il a cru protéger une femme en s'interposer devant un homme qui la menaçait. Mais, ce n'était qu'une mise en scène pour lui faire les poches. Une suite de mauvaises réactions en chaîne va ébranler ses valeurs et sa concentration indispensable à la conduite de son institution.

Personne n'a oublié le singulier mélodrame de "Snow Therapy" qui voyait un homme prendre ses jambes à son cou à la vue d'une avalanche plutôt que de se précipiter au secours de sa femme et ses enfants. Ruben Ostlund développe un ton unique de comédie qu'on qualifiera sans trop se fatiguer de contemporain, d'art contemporain même. En effet, il a une façon conceptuelle d'allumer le milieu : la perturbation. Ainsi, la réunion animée par le patron de l'agence de pub - la soixantaine, longs cheveux blancs et catogan -, est perturbée par les pleurs de son bébé qu'il emmène partout avec lui. La discussion tendue entre Christian et sa conquête de la veille est perturbée par le bruit des différentes installations en cours dans la salle du musée. Et ainsi de suite jusqu’à la perturbation relevant de la performance lorsqu'au cours du dîner hyper mondain du vernissage, surgit un homme torse nu, bondissant sur les tables, et grognant agressivement comme un gorille en rut

Dans un style qui n'est pas évoquer Sorrentino, Ostlund démontre avec "The Square" ou la société ne tourne pas rond.