Festival de Cannes

La section officielle Un Certain Regard a livré vendredi soir le premier film marquant du 69e Festival de Cannes : une œuvre sur l’art, un récit de passion passionnée et l’acte de naissance d’une réalisatrice ainsi que la confirmation d’une comédienne entière.

"La Danseuse" est née d’une image, une photo jaunie d’une danseuse-papillon en plein mouvement, dans des volutes de soie. Tombée en sidération devant celle-ci, la jeune réalisatrice française Stéphanie Di Giusto s’est mis en quête de l’histoire de cette figure méconnue.

Née Mary Louise Fuller, d’un père français et d’une mère américaine, Loïe, comme elle se rebaptisa, revint de New York vers la France de ses ancêtres à l’aube du XXe siècle. Fille de quasi-rien, n’ayant aucune formation dramatique, elle s’était rêvée actrice, en un temps où cette profession était encore méprisée et méprisable pour les femmes. Un incident de costume l’avait fait improviser un numéro de danse et découvrir la beauté des mouvements d’une étoffe. Marie-Louise trouva sa voie, qu’elle suivit donc jusqu’aux Folies Bergères puis à l’opéra de Paris. Le parcours de Loïe, incarnée par l’intense et incandescente Soko, est une ode à la rage de créer, aux artistes qui s’abandonnent corps et âmes à leur art, leur passion et leur vision. C’est aussi le récit, féministe à rebours, d’une femme s’affranchissant des codes moraux et de l’ordre social et genré de son temps. Mais il y a plus.

Un biopic atypique

Stéphanie Di Giusto met Loïe en présence de la jeune Isadora Duncan. D’un côté, la pure, l’instinctive, la passionnée, de l’autre l’ambitieuse, forte de sa formation classique qu’elle saura déstructurer pour en repousser les limites. On pourra débattre de la justesse historique de la relation entre les deux danseuses. Mais, à l’écran, le choc fonctionne d’autant mieux que, face à Soko, c’est une "fille de", Lily-Rose Depp, qui incarne Isadora : immédiatement identifiable, graine de star : le choix de casting est d’autant plus pertinent que l’impétrante soutient la comparaison lorsqu’il s’agit de faire un pas de deux - et non des moindres.

Mais ce biopic atypique se distingue surtout par sa direction artistique, sa mise en images et le regard de sa réalisatrice qui ne passe ni à côté de son sujet, ni de la forme qu’imposait celui-ci.