Cinéma

Mardi à la Mostra, « Mother! », trop brouillon, n’a pas convaincu grand-monde…

Il y a neuf ans, Darren Aronofsky repartait triomphant du festival de Venise, empochant le Lion d’or pour « The Wrestler » avec un génial Mickey Rourke. Deux ans plus tard, il ouvrait la Mostra avec « Black Swan », pour lequel Mila Kunis décrochait le Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune interprète. Ce mardi, de retour en compétition sur le Lido, le cinéaste américain a vécu une journée difficile. Mother! a en effet été copieusement sifflé à l’issue de la projection de presse…


La raison? Son dernier film pêche par son ambition démesurée. Avec « Mother! », Aronofsky se place dans la lignée la plus ésotérique de son cinéma: « Pi », « The Fountain », « L’Arche de Noé ». Soit une jeune femme (Jennifer Lawrence) qui, depuis des mois, restaure la maison perdue en pleine nature de son compagnon, un grand poète en panne d’inspiration (Javier Bardem). Ce qui semblait un petit paradis va commencer à craquer de toutes parts avec l’arrivée à l’improviste d’un couple bien décidé à jouer l’incruste (Ed Harris et Michelle Pfeiffer)…

Symbolisme à outrance

Si les thèmes abordés sont riches, « Mother! » se perd très rapidement dans une soupe totalement indigeste, où Aronofsky mêle symbolisme religieux (de la figure mariale du Nouveau Testament à la descente aux Enfers) et références à l’Antiquité grecque (la déesse du foyer) pour questionner le couple et l’acte de création (artistique et mythologique)…

On sent la dimension profondément autobiographique de « Mother! » chez un auteur torturé comme Aronofsky. Malheureusement, celui-ci ne parvient pas à donner sens aux idées qui fourmillent par milliers dans son esprit, accouchant d’une oeuvre totalement brouillonne qui, in fine, se résume à un film fantastique assez ridicule…

Reste heureusement la performance de Jennifer Lawrence, courageuse dans ce rôle impossible, et quelques scènes impressionnantes par le sentiment d’oppression qu’elles dégagent, quand cette paisible maison au milieu de nulle part se met à être envahie de gens venus de nulle part. Symbole (parmi tant d’autres) de la disparition totale de l’intimité et de la vie privée qui doit résonner chez Aronofsky, qui a annulé toute ses interviews, de peur sans doute d’être assailli de questions sur sa romance avec sa jeune actrice…


L’impossible vérité judiciaire

Egalement en lice pour le Lion d’or mardi, Hirokazu Kore-eda a surpris avec The Third Murder. Connu pour ses drames familiaux intimistes centrés sur les liens de filiation (« Nobody Knows », « Tel père, tel fils »…), le Japonais s’essaye ici à un film noir très déstabilisant.

Sur les berges d’une rivière de la périphérie de Tokyo, un homme frappe sauvagement son ancien patron, avant de mettre le feu au cadavre. L’affaire est simple; le meurtrier a avoué son crime. Sauf que celui-ci change sans cesse sa version des faits… Jusqu’à provoquer la curiosité de l’un de ses avocats, qui se met à enquêter sur le personnalité de son client, déjà condamné à 30 ans de prison pour autre meurtre sur l’île d’Hokkaido…

Si le film de Kore-eda étonne, ce n’est pas seulement que le cinéaste change radicalement de style. C’est surtout qu’il prend un malin plaisir à brouiller les pistes en pervertissant les codes du film de procès. Le Japonais explique s’être inspiré de ses rencontres avec de nombreux avocats, qui lui ont confié leur sentiment, à l’issue d’un procès, d’avoir été incapables de toucher à la vérité. Kore-eda fait exactement la même chose dans son dernier film, qui débute sur une certitude, laquelle ne cesse de se déliter, jusqu’à laisser le spectateur dans le flou le plus complet…

C’est là la force de « The Third Murder », de corrompre le genre du polar en y distillant l’incertitude. Rien de surprenant de la part d’un cinéaste qui, depuis toujours, tente de tirer la fiction vers la réalité, le documentaire…