Cinéma Une irrésistible comédie grinçante sur la création littéraire en provenance d’Argentine…

Quand il apprend qu’il a reçu le Prix Nobel de Littérature, Daniel Mantovani hésite presque autant que Bob Dylan à aller rechercher son trophée des mains du Roi de Suède à Stockholm. C’est que le grand romancier argentin ne peut s’empêcher de penser que cette prestigieuse récompense vient couronner une carrière désormais terminée...

On retrouve Daniel cinq ans plus tard à Barcelone, en panne sèche d’inspiration et refusant les uns après les autres les hommages qui lui sont rendus. Une lettre venue d’Argentine attire pourtant son attention. Sa ville natale, Salas, veut le faire citoyen d’honneur. Contre toute attente, Daniel accepte l’invitation. Quarante ans plus tard, le voilà donc de retour dans ce bled qu’il a tout fait pour quitter, mais où se situent pourtant tous ses livres…

De réceptions minables en concours de peinture amateur, d’un barbecue chez d’anciens amis en rencontres impromptues, les réalisateurs argentins Mariano Cohn et Gastón Duprat promènent leur personnage dans une comédie irrésistible sur le retour aux sources, confrontant celui qui a réussi en fuyant aux hommes et femmes qu’il méprisait et qui, eux, sont restés.

Si le dispositif formel est minimal - une image vidéo brute collant au plus près des personnages -, la comédie fonctionne à merveille. A la façon d’une farce féroce dans laquelle s’opposent, de plus en plus violemment, l’intellectuel européanisé et les bouseux argentins qui lui ont servi d’inspiration (ou dont il a vampirisé la vie, selon le point de vue)…

Dans le rôle de cet écrivain nostalgique qui pensait revenir au pays tel le Fils prodigue mais qui doit faire face à une hostilité grandissante de la part de ses anciens concitoyens, Cohn et Duprat ont choisi Oscar Martínez. Déjà vu dans "Les Nouveaux Sauvages" de Damián Szifron en 2014, l’acteur argentin est juste parfait. Passant progressivement de la désinvolture un peu hautaine à une peur grandissante, il livre une prestation toujours juste, qui lui a valu l’année dernière le prix d’interprétation à la Mostra de Venise.

Côté mise en scène, le duo de cinéastes suit exactement le même cheminement psychologique, parvenant à faire glisser progressivement leur film de la farce grotesque moquant la médiocrité d’une petite ville de province à un vrai cinéma de l’angoisse… Imparable !


© IPM
Réalisation : Gastón Duprat & Mariano Cohn. Photographie : Mariano Cohn. Scénario : Andrés Duprat. Musique : Toni M. Mir. Montage : Jerónimo Carranza. Avec Oscar Martínez, Dady Brieva, Andrea Frigerio… 2h00.