Cinéma

La légende du cinéma italien, la comédienne Claudia Cardinale, inaugurera le tout nouveau Brussels International Film Festival, le 20 juin prochain. Elle sera présente dans la capitale durant deux jours et sera à l’honneur d’une rétrospective de ses films.

Icône du cinéma italien, puis mondial, dans les années 1960-1970, Claudia Cardinale a tourné avec les plus grands réalisateurs de son temps, notamment dans les classiques "Le Guépard" de Luchino Visconti et "8 1/2" de Federico Fellini. L'année dernière, le Festival de Cannes l'avait choisie pour orner son affiche officielle.

La comédienne se caractérise, aujourd'hui encore, par sa simplicité et sa proximité avec le public - qui devrait faire de sa venue au festival de Bruxelles un moment chaleureux.

Le Brussels International Film Festival se tiendra jusqu’au 30 juin en divers lieux de la capitale : Bozar, Flagey, UGC De Brouckère, cinémas Galerries, Palace et Vendôme.

En 2003, lors d'une précédente rétrospective à Bruxelles, la grande star avait accordé un entretien à notre collègue Fernand Denis. En revoici des extraits, en guise d'avant-première.

Italienne Claudia? La plus belle Italienne de Tunis, c'est ce que proclame, en 1956, le jury d'un concours de beauté, sous le charme de cette adolescente qui n'a jamais quitté sa Tunisie natale, jamais vu la Sicile de ses ancêtres. Cette compétition va la conduire jusqu'au Festival de Venise où les producteurs d'abord, la caméra ensuite, seront ensorcelés par sa photogénie. Elle est déclarée bonne pour le service, bien que dépourvue de tout bagage technique. Le métier, Zurlini, Visconti, Fellini, Leone... le lui apprendront. "Je n'ai pas de méthode, mais j'ai eu des grands maîtres", explique en souriant Claudia Cardinale, toujours aussi rayonnante, à la démarche aussi fluide. Elle est à Deauville comme membre du jury dont le président est le grand chelem - palme, oscar et césar - de l'année 2002 avec "Le pianiste". Roman Polanski a accepté la charge à condition de choisir lui-même ses jurés. Il n'a jamais tourné avec Claudia Cardinale mais ils sont amis depuis longtemps. "J'ai tourné avec les plus grands metteurs en scène italiens, français, américains. J'ai joué dans le monde entier, de l'Australie jusqu'en Russie. Ce sont les grands maîtres qui m'ont tout appris. Je n'ai pas de méthode et cela m'a sauvé la vie. Je deviens le personnage devant la caméra, c'est tout. Le reste du temps, je suis moi-même. Je ne me suis jamais monté la tête, je n'ai pas perdu mon identité".

Sa carrière, d'une exceptionnelle longévité, 45 ans, prit son essor avec "Le Guépard" de Luchino Visconti. Quelque quarante ans plus tard, Claudia Cardinale s'en souvient d'autant mieux qu'elle tournait simultanément un autre chef-d'oeuvre: "Huit et demi" de Federico Fellini. Qu'est-ce qui distingue un génie d'un autre génie? "Visconti, c'était le théâtre, le silence absolu, on ne pouvait pas parler. Fellini, c'était le bordel, tout le monde hurlait, criait... On avait même construit une cabine téléphonique sur le plateau pour Marcello qui aimait beaucoup téléphoner. C'était une atmosphère incroyablement bordélique mais il en avait besoin pour créer. Fellini n'avait pas de scénario alors que celui de Visconti était d'une précision inouïe, jusqu'au moindre battement de cils. Quand je tournais avec Fellini, je ne donnais pas la réplique à Marcello mais à Federico et sans scénario. Mais à ce moment-là, j'étais sa muse, comme le veut l'histoire où, me présentant à une audition, je deviens la femme de ses rêves. Donc, il venait souvent me chercher, et on faisait des voyages en voiture. Il parlait, parlait, parlait du film et se confiait à moi. Mais je suis davantage restée en relation avec Luchino. Nous étions très proches, il m'aimait beaucoup. Il disait que je ressemblais à un chat: "On pense pouvoir la caresser mais faites attention, ce chat peut devenir une panthère et tuer le dompteur". Je me sentais aussi bien sur un plateau que l'autre, j'aime le changement".

Sa filmographie en est la preuve, Claudia Cardinale ne tient pas en place et on la réclame aux quatre coins du monde, jusqu'à Hollywood, bien sûr. "Après "Le Guépard" et "Huit et demi", j'ai joué dans des films américains qui étaient alors réalisés en Europe comme "La panthère rose" de Blake Edwards ou "Le monde du cirque" avec Rita Hayworth et John Wayne. Et puis je suis allée à Hollywood où j'ai tourné mon premier film avec Rock Hudson. Et puis bien d'autres. Mon préféré? "Les Professionnels", de Richard Brooks. On m'a proposé plusieurs contrats d'exclusivité, je n'ai jamais rien signé car je me suis toujours considérée comme une actrice européenne".

Mais durant les sixties, Claudia Cardinale est bien plus qu'une actrice, c'est un sujet de roman pour Alberto Moravia, un authentique sex symbol, la version latine de B.B. qu'on surnomme d'ailleurs C.C. Un statut difficile à supporter? "Cela ne m'a jamais préoccupée", rigole Claudia. "En revanche, mon corps n'était pas à vendre. Je n'ai jamais accepté de tourner nue, c'est anti-érotique, cela détruit l'imagination. Pour moi, la femme doit être un mystère et l'homme doit le découvrir. Si tout est clair, dévoilé, il n'y a plus rien d'excitant, car il n'y a plus rien à découvrir".

Lors de sa venue à Bruxelles, en 2003, Claudia Cardinale avait séduit le public par son charme, son aura, mais plus encore par sa chaleur, allant naturellement à la rencontre des gens à l'issue de la projection. "L'accueil du public belge, notamment ces jeunes filles qui avaient les larmes aux yeux, m'a beaucoup touchée. C'est surprenant, mais j'ai beaucoup d'admirateurs parmi les jeunes qui redécouvrent le cinéma des années 60-70. Aujourd'hui, le cinéma fait rêver avec les effets spéciaux, je crois que dans les années 60, on faisait un cinéma qui faisait rêver avec des effets spéciaux d'âme. J'ai eu la chance de commencer au moment où le cinéma italien vivait son âge d'or, où il était un phare pour le monde. Je suis stupéfaite d'entendre certains metteurs, comme Scorsese, qui connaissent ces films plan par plan. Ce fut un moment magique. Dans les années 60, on vivait très unis, réalisateurs et acteurs, on allait voir un film, on discutait toute la nuit d'un plan, des dialogues. J'ai passé des soirées extraordinaires".