Cinéma Pixar se la joue Disney avec un joli dessin animé axé sur la famille.

Le rachat de Pixar par Disney a bel et bien changé quelque chose… Les suites se sont multipliées - on annonce même un "Toy Story 4" -, témoignant d’un certain manque d’inspiration et peut-être aussi d’audace dans le choix des sujets. Surtout, Pixar chasse de plus en plus ouvertement sur les terres de Disney. C’était vrai pour "Rebelle" en 2012, ce l’est encore plus avec "Coco", une ode à la famille que n’aurait pas renié l’oncle Walt…

Le 19e long métrage de Pixar (le dernier produit par John Lasseter ?) retrouve un héros humain, Miguel, un jeune Mexicain de 12 ans qui rêve de devenir chanteur. Mais, marquée de génération en génération par l’abandon de sa femme et de sa petite fille par l’arrière-arrière-grand-père, sa famille lui interdit d’approcher d’un instrument de musique. Mais c’en est trop pour le gamin qui, le Jour des Morts, s’inscrit à un concours de chant sur la place du village. Alors qu’il tente d’emprunter une guitare dans le caveau d’Ernesto de la Cruz, gloire du village dont il est un grand admirateur, Miguel se retrouve projeté de l’autre côté de la barrière, au Pays des Morts, où il retrouve ses tantes, oncles et autres aïeux…

Mettre en scène une famille mexicaine dans une Amérique ayant voté pour Trump est a priori audacieux… Et l’on aurait rêvé que Lee Unkrich retrouve ici le niveau de son dernier film, le génial "Toy Story 3", ou qu’il s’inspire du mauvais esprit de Tim Burton dans "L’étrange Noël de Monsieur Jack". Il n’en est rien. Même s’il décrit le monde des morts, jamais "Coco" ne se départit d’une vision très inoffensive de la mort. Pas question évidemment de heurter le jeune public. En résulte, du coup, une intrigue beaucoup moins riche pour les plus grands et une absence quasi totale de second degré.

Côté animation, même constat. Si l’esthétique est plutôt réussie - transposant l’univers du Día de los Muertos dans des couleurs fluo accrocheuses -, la mise en scène est nettement moins inventive, moins virevoltante aussi, que d’habitude.

Mais "Coco" pâtit sans doute de son étiquette Pixar - qui nous a gratifiés de tant de chefs-d’œuvre depuis 20 ans qu’on est en droit de se montrer plus exigeant. Car Unkrich signe un dessin animé tout à fait agréable, une exploration tendre des valeurs familiales qui, malgré le décor, sonne plus américaine que mexicaine…


© IPM
Réalisation : Lee Unkrich Adrian Molina. Scénario : Adrian Molina Matthew Aldrich. Musique : Michael Giacchino. Avec les voix de Gael García Bernal, Benjamin Bratt, Edward James Olmos… 1 h 49.