Cinéma

Lancé en 2009 pour promouvoir les "Objectifs du millénaire pour le développement" des Nations unies (expirés en 2015), le festival documentaire Millenium poursuit sur sa lancée avec une 8e édition, qui se déroulera à Bruxelles du 18 au 27 mars. Présenté ce vendredi soir à Bozar, le film d’ouverture "Life is Sacred" résume à lui seul l’ambition de ce festival : donner aux spectateurs un éclairage sur la société contemporaine pour en faire des citoyens actifs, prêts à peser sur la marche folle du monde.

Dans "Life is Sacred", le cinéaste danois Andreas Dalsgaard a suivi durant cinq ans le mathématicien et philosophe Antanas Mockus, ancien maire de Bogota, notamment lors de sa campagne aux élections présidentielles colombiennes. A travers ce portrait d’un citoyen qui s’engage pour rendre l’humanité meilleure et non pour son propre profit ou pour défendre une caste, ce film tente de redorer le blason de la politique, qui en a bien besoin…

Regards sur le monde

Au total, ce sont une soixantaine de documentaires qui seront proposés au public bruxellois, au rythme d’une très riche programmation (cf. ci-contre), déclinée en diverses sections. La Compétition internationale accueille ainsi douze films, dont l’étrange "Above and Below" du Suisse Nicolas Steiner, qui dresse le portrait de marginaux américains qui ont délibérément choisi de vivre en marge de la société. Ou "Lampedusa in the Winter" de Jacob Brossman, qui est allé à la rencontre des habitants d’une île ravagée par le malheur, celui de ces milliers de migrants qui débarquent chaque année sur ses côtes…

La section "Travailleurs du monde" s’intéresse, elle, aux conditions de travail dans une société mondialisée. Qu’il s’agisse de l’agrobusiness dévastateur (dans "Land grabbing" de l’Autrichien Kurt Langbein), de la microéconomie africaine (dans "Tiroirs-caisses, tontines et solidarité" de Gilbert Kelner) ou de la pêche traditionnelle dans les Iles Féroé (dans "The Archipelago" du Britannique Benjamin Huguet).

Reprendre la décision

Des dangers du monde numérique à la politique néolibérale en passant par l’écologie ou les réfugiés, les thématiques abordées par Millenium sont très variées. Mais à chaque fois, le but est de proposer une vision du monde capable de provoquer chez le spectateur un déclic pour le pousser à sortir de son apathie. "Nous sommes tous des décideurs" , résume le slogan un peu maladroit (au vu de la connotation négative du mot choisi) choisi cette année par ce festival résolument militant.


Festival Millenium, du 18 au 27 mars à Bruxelles : Bozar, Galeries et Aventure et Civa. Tickets : 6 € (4 € tarif réduit). Pass dix séances : 30 € en prévente (40 € pendant le festival). Rens. : www.festivalmillenium.org


Quelques films à voir

A Syrian Love Story. Invité d’honneur de Millenium, le documentariste Sean McAllister a filmé durant plus de cinq ans une famille déchirée par la guerre en Syrie. Le portrait sans fard mais bouleversant d’Amer Daoud, activiste palestinien qui a rencontré sa femme Raghda Hassan, révolutionnaire syrienne, dans les prisons du régime Assad… Ou les conséquences de l’engagement sur la vie privée. Fort ! Le 22/3 à 15h30 au cinéma Galeries et le 25/3 à 20 heures à Bozar (dans la foulée d’une master class donnée par Sean McAllister). A voir aussi, le 26/3 à 16h30 aux Galeries, son film culte "The Liberace of Baghdad" (2004).

L’homme qui voulait détruire le secret bancaire. Pendant cinq ans, le journaliste belge David Leloup a suivi l’ancien banquier d’affaires suisse Rudolf Elmer dans son combat contre son ancien employeur, la banque Julius Baer, et contre la Justice suisse. Ou le portrait d’un lanceur d’alerte en guerre contre les paradis fiscaux et un système institutionnalisé de corruption internationale. Le 19/3 à 18h15 aux Galeries. Suivi d’un débat avec le réalisateur et Rudolf Elmer. Sortie en salles le 23/3.

A Good American. L’Autrichien Friedrich Moser signe un thriller paranoïaque sur Bill Binney, analyste de la NSA qui avait imaginé, dès les années 90, un système de traitement informatique des données recueillies par l’agence qui aurait pu, selon lui, prévenir le 11 Septembre. Bienvenue chez Big Brother ! Le 20/3 à 20h30 aux Galeries et le 21/3 à l’Aventure. En présence du réalisateur et de Bill Binney.

Dans les limbes. Le Français Antoine Viviani livre une réflexion philosophique et anthropologique vertigineuse sur la société de l’information, où les données sont devenues le nouveau pétrole… Une plongée envoûtante au cœur du "Cloud" narrée par la romancière Nancy Huston, à la rencontre de l’Homo Internetus. Le 23/3 à 19h30 Bozar, suivi d’un débat avec le réalisateur.

Oncle Bernard - L’antileçon d’économie. Un entretien au long cours, sans aucun montage, avec l’économiste français Bernard Maris, assassiné le 7 janvier 2015 dans les attentats de "Charlie Hebdo". Réalisé par le Canadien Richard Brouillette dans le cadre de son documentaire "L’encerclement" (cf. ci-dessous), cet entretien date de 2001 mais est plus que jamais d’actualité dans sa dissection du système néolibéral. Le 20/3 à 15 heures au Civa et le 24/3 à 21 heures aux Galeries.

L’encerclement. Sorti en 2008, cette somme passionnante de Richard Brouillette raconte, grâce à de nombreux entretiens avec des économistes de tous bords, comment, idéologie minoritaire au début du XXe siècle, le néolibéralisme a fini par s’imposer en s’infiltrant dans les mondes académiques et intellectuels. Et, in fine, d’avoir la mainmise définitive sur l’économie mondiale. A voir absolument ! Le 23/3 à 20 heures aux Galeries.