Cyd Charisse, la sublime

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

La danseuse et actrice américaine Cyd Charisse s'est éteinte à Los Angeles à l'âge de 86 ans. Elle est morte mardi à Los Angeles des suites d'une crise cardiaque.

Elle est née Tula Ellice Finklea au Texas et pratique la danse dès son plus jeune âge, comme papa. Elle fait rapidement partie des ballets russes de Monte-Carlo et n'a que 16 ans lorsqu'elle épouse son professeur, le danseur Nico Charisse. Comment est-elle passsée des grands théâtres au grand écran ? "C'était dans les années 40, à la grande époque des studios. Arthur Freed, le producteur des comédies musicales à la MGM, cherchait une danseuse pour "Ziegfeld Folies". A l'issue de l'audition, Hermès Pan, ce merveilleux chorégraphe, grand ami de Fred Astaire, m'a dit d'aller chercher mon contrat chez Arthur Freed. Et voilà, c'était un contrat de sept ans. Je ne savais pas très bien ce que c'était mais je me suis sentie prise en charge comme à l'école. On m'essayait dans un film et, en fonction des réactions, on organisait mon travail tout en veillant à me former en tant qu'actrice afin que je sois performante aussi comme comédienne. Le studio contrôlait ainsi tout le monde en permanence, ce qui n'a plus grand-chose à voir avec la situation actuelle."

De 1945 à 1952, Cyd Charisse enchaîne les participations dansées dans de nombreuses productions, à l'ombre de Judy Garland, Esther Williams... Que s'est-il donc subitement passé en 1952 ? "Le tournage de "Singin'in the rain" où je faisais de petites choses était terminé. Il ne restait plus que le final, quand on me demande tout d'un coup si je voulais bien danser avec Gene Kelly. Quelle question ! En fait, sa partenaire ne correspondait pas au goût d'Arthur Freed. C'était une fille charmante, elle m'a très bien préparée à la remplacer. J'ai dansé avec Gene Kelly et ce fut là, le vrai début de ma carrière. Pour la première fois, le public me remarquait."

En robe blanche et coupe à la Louise Brooks, ce pas de deux avec Gene Kelly sous la direction de Stanley Donen est une séquence de rêve, irrésistible. Désormais, Gene Kelly et Fred Astaire vont se l'arracher. "Fred Astaire était un homme très spécial, très élégant, très poli, très timide, un vrai gentleman. Gene Kelly, ce n'était pas du tout la même chose. C'était un garçon de la rue, un peu rude avec la chemise ouverte. Leurs personnalités étaient vraiment très différentes, mais ils étaient les meilleurs dans leur domaine et ils étaient très amis. Leurs styles aussi étaient opposés. Fred Astaire, c'était l'élégance, la fluidité, alors que les chorégraphies de Gene Kelly étaient spectaculaires avec des effets acrobatiques."

Si Gene Kelly la lance, Fred Astaire va lui faire danser ses pages d'anthologie. La fusion de la poésie aérienne de l'un avec l'érotisme pudiquement torride de l'autre font des étincelles, notamment dans ce "Dancin'in the dark" sommet de "Tous en scène" de Minnelli, un chefs-d'oeuvre. "C'est aussi un de mes numéros préférés", confesse Cyd Charisse. "Mais quand on tourne, on ne sait jamais si ce sera le meilleur ou le pire des films. C'est le public qui décide. Je me sens privilégiée d'avoir pu tourner un pareil numéro, de figurer dans ce qu'on considère aujourd'hui comme des classiques. C'est surtout à Arthur Freed que je le dois."

Pendant une dizaine d'années, Cyd Charisse va danser les pages les plus sublimes de l'histoire du "Musical". Peut-être a-t-elle un petit préféré ? La réponse fuse sans hésitation. "La Belle de Moscou". Rouben Mamoulian était un réalisateur exquis, Cole Porter était en permanence sur le plateau, Fred Astaire était formidable. Et puis, j'y suis vraiment comédienne, c'est un vrai rôle, pas juste quelques répliques."

La voix de Cyd Charisse s'est serrée un bref instant. Elle se sentait comédienne, et l'avait prouvé dans quelques films dramatiques dont "Party Girl" de Nicholas Ray; mais pour Hollywood, elle était une danseuse, la meilleure, certes, mais pas plus. On ne lui a donc guère permis de se reconvertir. Et puis la malchance s'en est mêlée. En 62, le tournage de son film avec George Cukor est interrompu, sa partenaire étant jugée nerveusement trop instable. Elle mourra un peu plus tard. C'était Marilyn Monroe et cette pellicule maudite et inédite s'appelle "Something's got to give". Début des années 60, la comédie musicale disparaît. Pour quelles raisons ? Cyd Charisse avance les siennes. "Parce que c'était très difficile à réaliser. La MGM avait vraiment un savoir-faire et cela s'est perdu. Par ailleurs, il n'y a plus de Cole Porter, d'Irving Berlin, ces formidables compositeurs et paroliers. Et puis le rock'n'roll ne convenait pas à la comédie musicale. Ce qui me frappe, c'est qu'on continue à l'aimer. Beaucoup de jeunes adorent "Brigadoon", "Singin'in the rain", toutes ces merveilleuses histoires. Je suis persuadée que le musical reviendra un de ces jours, le public finira par en avoir assez des aventures spatiales et des tueries sanglantes." C'est sans effets spéciaux que Cyd Charisse a fait rêver des millions de personnes. "Cela vous rend très humble d'entendre cela, c'est à la fois un peu humiliant et très agréable." Voilà, c'est déjà fini, après un dernier sourire lumineux et plein de douceur, Cyd Charisse s'en va. D'un pas de déesse.

Publicité clickBoxBanner