Cinéma Roman Polanski met en scène Delphine de Vigan et les affres de la création.

Une semaine après "Au revoir là-Haut", voici porté à l’écran, un autre prix littéraire et best-seller français, signé Delphine de Vigan.

Naïvement, on imagine qu’une file interminable de lecteurs qui patientent pour obtenir une dédicace doit être un moment agréable dans la vie d’un écrivain. Pas du tout dans celle de Delphine Dayrieux qui reçoit chaque compliment comme un clou planté sa chair. La foire du livre, c’est son enfer. Comment échapper aux lecteurs, aux libraires, aux éditeurs étrangers. Quand, dans la cuisine d’un cocktail, Delphine croise une jeune femme avec "une capacité d’écoute" dit-elle à son compagnon, journaliste littéraire fort occupé en partance pour les Etats-Unis.

Si "Elle" - comme Elizabeth - comprend si bien Delphine, c’est qu’elle est du métier, mais dans l’ombre des célébrités dont elle écrit les livres. "Elle" comprend si bien Delphine qu’elle s’immisce dans sa vie, dans son appartement, sa tête d’écrivain. "Elle" la pousse à écrire ce livre personnel autour duquel elle tourne depuis des années avec la peur au ventre de se lancer.

L’angoisse de la page blanche et les affres de la création littéraire ont inspiré plus d’un film dont ce mémorable "Misery" de Rob Reiner qui voit une lectrice, Kathy Bathes, retenir en otage son auteur favori. Soit une merveilleuse métaphore, cette arme souveraine du créateur qu’affectionne Roman Polanski. Du "Locataire" au "Ghost Writer", en passant notamment par "Cul-de-sac" et "Repulsion", voire "Frantic", Polanski a exploré ces thèmes de la création, de la perte d’identité, de la folie.

Il adopte ici, une voie qui se veut réaliste sans l’être vraiment. Emmanuelle Seigner campe une écrivaine brisée par un succès tiré de son histoire personnelle. Ce que lui reproche des lettres anonymes haineuses. Eva Green joue de son regard torve comme d’un potentiomètre, modifiant à loisir l’inquiétude qu’elle diffuse. De l’attirance, on passe à l’affrontement alors que Polanski multiplie les insinuations. Existe-t-"Elle" vraiment ou Delphine se débat-"Elle" avec l’auteur qui est en elle.

De ce sujet sur mesure, Polanski ne livre finalement qu’un film prêt-à-porter, un petit suspense qui fonctionne cahin-caha, avec une Emmanuelle Seigner très réaliste et une Eva Green moins efficace qu’elle ne l’est dans le même registre dans les films hollywoodiens.


© IPM
Réalisation : Roman Polanski. Scénario : Olivier Assayas et Roman Polanski d’après l’œuvre de Delphine de Vigan. Avec Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez… 1h40.