"Dans les forêts de Sibérie" : Retrouver la liberté

Un film d'aventure intérieure au fin fond des steppes de Russie.

Hubert Heyrendt

Un film d'aventure intérieure au fin fond des steppes de Russie."Je suis parti parce que la vie m'étouffait. […] Je suis venu chercher ici ce qui m'était étranger : le froid, le silence, l'espace et la solitude." La trentaine bien sonnée, Teddy, jeune informaticien français, a décidé de tout envoyer bouler, famille, boulot, amis, pour aller s'installer dans une cabane forestière au bord du lac Baïkal, à 500 km d'Irkoutsk. Au milieu de nulle part, il espère se reconnecter avec la nature, avec la vie, avec lui-même. Armé de provisions, de Tabasco, de ketchup Heinz et de dizaines de bouteilles de vodka, le jeune homme a choisi l'exil, la réclusion volontaire pour redevenir maître de son temps, pour vivre enfin libre. Ses journées, il les passe à pêcher, chasser, couper du bois pour alimenter le poêle, à guetter l'ours…

Prix Médicis de l'essai en 2011, "Dans les forêts de Sibérie" est le récit autobiographique de la vie d'anachorète qu'a menée l'écrivain voyageur Sylvain Tesson entre février et juillet 2010. Le réalisateur Safy Nebbou ("L'empreinte de l'ange", "L'autre Dumas") en propose une belle adaptation, qui rend hommage à la splendeur des paysages sibériens grâce à une très belle photographie de Gilles Porte (ah ! ces plans sur le camion roulant à toute berzingue sur le lac Baïkal pour amener Teddy à sa cabane…). Tandis que le trompettiste de jazz Ibrahim Maalouf compose une bande originale à la démesure de l'aventure solitaire du personnage, campé par un formidable Raphaël Personnaz. Quasiment de tous les plans, le comédien français parvient à faire oublier son visage juvénile un peu trop lisse pour se glisser dans les habits chauds de l'apprenti-trappeur.

Coécrit avec David Oelhoffen (le réalisateur de "Loin des hommes" avec Viggo Mortensen il y a deux ans), le scénario de "Dans les forêts de Sibérie" prend pas mal de liberté avec le livre de Tesson, grand connaisseur de la Russie, qu'il a arpentée à de nombreuses. Récemment encore dans "Berezina", où il faisait, en side-car soviétique, le trajet Moscou-Paris, sur les traces de l'armée napoléonienne lors de la retraite de Russie en 1812. Est-ce pour être plus cinématographique ? Le récit rompt bizarrement avec la solitude du héros, en lui adjoignant un compagnon d'infortune, qui survit depuis 12 ans dans la taïga pour échapper à la justice. Tandis que Teddy, et non plus Sylvain, passera au final, non pas six mois, mais une année au bord du lac Baïkal, "une année comme une vie."

Pour autant, Nebbou reste fidèle au souffle intérieur de Tesson, à ce besoin impérieux de quitter le monde pour se frotter à la nature, à sa beauté mais aussi à son impitoyabilité quand une tempête de neige se lève et qu'on risque de mourir gelé à la moindre inattention…

"Dans les forêts de Sibérie" : Retrouver la liberté
©IPM

Réalisation : Safy Nebbou. Scénario : Safy Nebbou&David Oelhoffen (d'après le livre de Sylvain Tesson). Photographie : Gilles Porte. Musique : Ibrahim Maalouf. Montage : Anna Riche. Avec Raphaël Personnaz, Evgeniy Sidikhin… 1 h 45.

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