Cinéma Spielberg met en scène le jeu vidéo des jeux vidéo. Pour les amateurs de jeux vidéo et de réalité virtuelle.

2045. Le temps où il fallait s’organiser pour affronter les problèmes environnementaux est passé; il faut vivre avec eux maintenant.

A quoi ressemble un immeuble en 2045 ? Un échafaudage dans lequel on a glissé des caravanes sédentaires avec vue sur les décharges. Pas difficile de comprendre pourquoi chacun reste dans son conteneur, préférant vivre la vie de son avatar dans l’OASIS. L’existence y est autrement plus exaltante quand on peut choisir son look, son âge, son sexe, son univers et ses activités. On peut même gagner sa vie virtuelle en jouant. Surtout la perdre, en fait.

Et pendant qu’on est aveuglé par les lunettes VR, l’entreprise IOI étend son pouvoir dans le monde réel qu’il a métamorphosé en meilleur des mondes.

James Halliday, le créateur de cet OASIS où chacun vit désormais virtuellement l’essentiel de son temps, vient, lui, d’entrer dans le monde dont on ne revient pas.

Est-ce une tradition chez les Halliday ?, il a prévu une petite surprise pour son héritage. Il a caché trois clefs dans son univers virtuel. Celui qui les trouvera deviendra le propriétaire de l’OASIS. Tout le monde peut jouer mais la société IOI déploie les grands moyens pour devenir maître des mondes, réel et virtuel.

C’est parti pour le jeu vidéo des jeux vidéo dans lequel Wade, un adolescent, lance son avatar Parzival. Au fil des épreuves, il compose une dream team, commercialement correcte, pour affronter les mauvais players de chez IOI. Le suspense est plus insoutenable qu’une élection présidentielle en Russie.


Le réalisateur des "Aventuriers de l’arche perdue" remet sur le métier la sempiternelle chasse au trésor avec ses rébus et ses clefs magiques mais transposée dans l’esthétique hideuse des jeux vidéo et avec une overdose de violence. Rares sont les pauses, comme celle où les jeunes héros sont précipités dans "The Shining". Alan Silvestri remplace John Williams au pupitre et on se demande si passer deux heures au bord de l’autoroute à écouter passer les voitures n’est pas moins bruyant et plus agréable.

"Ready Player One" incarne un de ces maux du cinéma hollywoodien qui met en rage. Spielberg met en place avec maestria un sujet passionnant mais ce n’est que l’amorce d’un film d’action, de parc d’attractions dont le caractère virtuel permet tous les excès, toutes les exagérations. Tout est permis et principalement le n’importe quoi, grâce aux effets spéciaux.

A 70 ans, Spielberg a passé l’âge de faire des films pour faire des films. Lorsqu’il réalise "Pentagon Papers" avec tant de soin, c’est pour montrer pourquoi une presse libre est un élément essentiel au bon fonctionnement de la démocratie. Et quand il tourne "Ready Player One", on se dit qu’il entend, d’une part, mettre en garde les jeunes générations contre ces sociétés planétaires, type Facebook, auxquelles elles cèdent, sans réfléchir, leurs libertés fondamentales. D’autre part, il veut illustrer les pièges du virtuel. Mais ce divertissement si enfantin et la surenchère d’effets étouffent le propos.

De Steven Spielberg. Scénario Ernest Cline, Zak Penn d’après l’œuvre d’Ernest Cline. Image : Janusz Kaminski. Avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn… 2h20.

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