Cinéma

Paris, 1964. James Lord (Armie Hammer) est un journaliste américain passionné d’art. Se liant d’amitié avec Alberto Giacometti (Geoffrey Rush), il accepte de poser pour lui. Ils ont tout le temps, son avion pour New York ne décolle que dans deux jours… Attachant et fantasque, le célèbre artiste ne cesse cependant de demander à son modèle de retarder son départ. "Cela fait 35 ans que je suis imposteur, que je n’arrive pas à terminer la moindre œuvre !", maugrée l’artiste, la clope au bec.

Entre une promenade au cimetière du Montparnasse, une soirée arrosée au resto, une engueulade avec sa femme (Sylvie Testud) ou une séance de pose avec sa nouvelle muse, une jeune et jolie prostituée (Clémence Poesy), le temps file pour Giacometti, expert ès procrastination. Les jours passent et le pauvre Américain voit le peintre réutiliser sans cesse un gros pinceau et de la couleur blanche pour effacer tout le travail péniblement accompli la veille. Alors qu’à chaque fois, la toile semble parfaite ! Tout cela sous le regard désespéré du discret Diego (excellent Tony Shalhoub), frère et assistant du peintre et sculpteur mort à 64 ans en 1966.

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L’acteur Stanley Tucci se fait plaisir en évoquant la figure d’un grand artiste européen torturé, géant de l’art contemporain. Il débarque évidemment avec ses gros sabots américains dans un Paris de carton-pâte et bourré de clichés, mais cela passe car il assume totalement cette candeur et ce point de vue yankee, à travers le regard de son personnage, ce journaliste new-yorkais intimidé devant le maître à l’œuvre, incapable de lui imposer un délai…

Ultra-classique dans sa mise en scène, voire un peu poussiéreux dans sa reconstitution historique du Paris bohème des années 60, "Final Portrait" est néanmoins une comédie amusante sur le mystère de la création, l’angoisse de l’artiste, non pas devant une toile blanche, mais bien face à son incapacité de mettre un point final à son œuvre. Un sentiment auquel peut évidemment se raccrocher un réalisateur et scénariste comme Stanley Tucci, qui signe ici son 5e long métrage.

Mais si "Final Portrait" se laisse regarder avec autant de plaisir, c’est avant tout pour la formidable performance de Geoffrey Rush. Et qu’importe s’il parle français avec un accent anglais (ou l’inverse), l’acteur australien est tout simplement irrésistible en vieux maître grincheux déblatérant sur Picasso ou Chagal et planquant des liasses de billets sous son lit car il n’a pas confiance dans les banques. Giacometti est Suisse, certes, mais Suisse italien !

Scénario & réalisation : Stanley Tucci (d’après le livre de James Lord "A Giacometti Portrait"). Photographie : Danny Cohen. Musique : Evan Lurie. Montage : Camilla Toniolo. Avec Geoffrey Rush, Armie Hammer, Clémence Poésy, Tony Shalhoub, Sylvie Testud… 1 h 34.

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