Cinéma

Ce matin-là, Bertrand (Jacques Dutronc), embrasse sa femme Liz (Charlotte Rampling) et s’en va sans intention de retour. Liz ne se rend compte de rien : elle attend sa filleule, Eva (Emilie Caen), 17 ans, qui vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Elle s’inquiète de la réaction probable de son angoissée de mère, Véro (Karin Viard), toujours "sous eau" entre deux jobs foireux. Le petit ami d’Eva, Alex (William Lebghil) ne se doute pas plus de sa future paternité. Il s’inquiète de l’équilibre de son père Julien (Jean-Paul Rouve), qui est persuadé d’être suivi en permanence. Cette parano agace sa femme Lulu (Carole Bouquet), déjà préoccupée par la mauvaise situation financière du bar de Julien dont elle est propriétaire. Serena (Sara Martins) en serait-elle la cause ? Et Liz s’impatiente : alors que Bernard ne répond pas à ses appels, le champagne s’évente…

Seize ans après Embrassez qui vous voudrez, Michel Blanc retrouve une partie des personnages de Joseph Connolly - issus de son roman Vacances anglaises. La chorégraphie orchestrée dans Voyez comme on danse, entre ceux qu’on reprend (dont deux invités surprise) et les nouveaux venus fonctionne à merveille.


Il y a d’une part la partition du scénario, rythmée et relevée de dialogues et reparties qui collent au meilleur registre de chaque interprète. Carole Bouquet et Charlotte Rampling sont plus vraies que nature en grandes bourgeoises, moins évaporées que leurs maris dissolus. Karin Viard joue à merveille la fébrilité névrosée de Véro, tombée encore plus bas qu’à l’époque d’Embrassez… Et Jean-Paul Rouve incarne au quart de poil un paranoïaque menteur tandis que William Lebghil réussit sur un mode aussi millimitré son portrait de jeune homme hésitant.

C’est de la comédie de mœurs sans prise de chou (sauf pour les personnages) ni autre ambition que de divertir avec une troupe bien articulée. Son lot de quiproquos ou de rebondissements s’articule parfaitement.

Comme dans le premier, le scénario est généreux. Si certains personnages en prennent pour leur grade, voici une comédie française qui ne fait rire aux dépens d’aucune catégorie sociale ou d’aucun genre et qui ne prend pas les spectateurs pour des imbéciles - denrée si rarissime qu’elle en devient plus qu’estimable.

On rit des soucis des uns et des autres, des grands et petits mensonges, de la banalité des crises dans ces trois familles dysfonctionnelles et mal assorties. Le changement d’action du titre le souligne : il s’agit ici moins de sexe que dans le premier et plus de l’art de s’accommoder des aléas de la vie.

Le tempo tient autant aux comédiens qu’au montage qui soutient les dialogues, ciselés (une grande qualité de Michel Blanc), ou les ellipses révélatrices. Ce Blanc-là est une très bonne cuvée, servie sans esbroufe - comme le final qui troque la garden-party du premier pour une petite sauterie entre ami.e.s., qu’on est triste de quitter.

Réalisation et scénario : Michel Blanc, d’après les personnages de Joseph Connolly. Avec Carole Bouquet, Karin Viard, Charlotte Rampling, Jean-Paul Rouve,… 1h28

© IPM

Le retour du réalisateur Michel Blanc

Seize ans se sont écoulés depuis la sortie de Embrassez qui vous voudrez, quatrième et dernier film en date réalisé par Michel Blanc, avec ce Voyez comme on danse. "Il y a eu une période où je ne trouvais pas de sujet, soit un roman à adapter qui me plaise, soit une histoire à raconter, explique le réalisateur. J’ai la chance de faire plusieurs métiers à la fois. Quand on vous propose des rôles comme dans L’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller (2011), je vous assure que je ne m’ennuie pas et que ça ne me frustre pas. Avec le recul, je me dis que je devrais essayer de mettre en scène un peu plus. Pas tous les ans, c’est impossible. Dans l’immédiat, j’aimerais bien retourner un film en tant qu’acteur, entrer dans l’univers de quelqu’un d’autre, et parallèlement me lancer dans l’écriture de mon prochain film comme réalisateur."