Cinéma Un petit film britannique sensible sur une jeune femme mal dans sa vie.

A31 ans, Daphne est une jolie rousse pétillante (Emily Beecham). La journée, elle bosse dans un petit resto branché d’East London, allumant gentiment Joe, son patron. Le soir, elle fait la fête. Elle fume, boit un peu trop, prend une ligne de coke de temps en temps. Et, refusant résolument de croire à l’amour, elle préfère les plans-cul d’un soir, de préférence si le gars met les voiles avant le levé du soleil…

Une nuit, Daphne reçoit un électrochoc. Alors qu’elle achète du tabac et du paracétamol dans un night-shop, elle est témoin de l’agression au couteau du vendeur pakistanais. Refusant dans un premier temps l’aide psychologique qui lui est proposée par la police, la jeune femme tente de continuer à vivre comme avant. Pourtant, malgré elle, cet événement va la pousser à remettre en cause son existence…

Premier long métrage de l’Ecossais Peter Mackie Burns, "Daphne" est un film sensible, une jolie étude de personnage, qui dresse le portrait d’une jeune femme bien de son temps. Une jeune femme qui vit, qui doute, qui rit, qui pleure. Une jeune femme qui cache son mal-être derrière une joie de vivre apparente, un cynisme cassant mais dont les béquilles sont bien connues : alcool, sexe, drogue… Il n’est décidément pas facile pour la jeunesse d’aujourd’hui de trouver le bonheur dans un monde aussi dur, déboussolé, que celui dans lequel elle évolue…

Ce personnage au bord du gouffre, Peter Mackie Burns l’étudie à la façon d’un entomologiste. La filmant de loin, parfois de haut, parfois de plus près mais toujours avec une forme de distance. Pour nous faire entrer dans la psychologie de son personnage, le cinéaste étudie en effet ses comportements sociaux quotidiens : travail, soirées arrosées, interactions avec les hommes, réflexions sur l’amour…

Pour camper cette fragile Daphne, le réalisateur a eu le nez fin en castant Emily Beecham. Vue surtout dans des productions télé (elle est à l’affiche de la série AMC "Into the Badlands"), mais aussi il y a deux ans dans "Avé César" des frères Coen, la jeune actrice anglaise trouve ici un premier rôle où explose son talent. De tous les plans ou presque, Beecham est incroyable de naturel, de justesse, à la fois drôle, profonde et déchirante. Nul doute qu’on la reverra très prochainement au grand écran…


© IPM
Réalisation : Peter Mackie Burns. Scénario : Nico Mensinga. Photographie : Adam Scarth. Musique : Sam Beste. Avec Emily Beecham, Geraldine James, Tom Vaughan-Lawlor, Nathaniel Martello-White… 1 h 28.