Cinéma

Avec "Blue Velvet", "Lost Highway", "Mullholland Drive" ou encore la série "Twin Peaks" (dont les nouveaux épisodes seront dévoilés à Cannes le 25/5), David Lynch a imposé un univers cinématographique à nul autre pareil, nourri par les fantasmes de son auteur. Depuis dix ans (le caricatural "Inland Empire" en 2006), Lynch a délaissé le médium cinématographique. Il continue bien à réaliser des courts métrages expérimentaux et des clips mais s’est surtout retourné vers les arts plastiques.

Ce que donnent à voir Jon Nguyen et Rick Barnes dans ce documentaire, c’est en effet une autre facette de Lynch, celle de l’artiste qui a précédé le cinéaste ou plutôt qui l’englobe. Les cinéastes filment en effet David Lynch dans son atelier de Los Angeles, en train de travailler sur ses peintures, sur lesquelles ils greffent des phrases énigmatiques, travaillées en structure de fil de fer. Tandis qu’en voix off, l’artiste se livre à une autobiographie très intime.

De sa belle voix caverneuse, il raconte son enfance itinérante, les séances de bricolage avec son père, qui lui ont donné le goût du travail manuel. Il se souvient de sa mère, qui lui interdisait les livres à colorier pour favoriser sa créativité. Il retrace sa rencontre avec un peintre qui lui a fait découvrir la vie d’artiste et l’a incité à s’inscrire aux beaux-arts. Il raconte ses tourments personnels, les crises d’agoraphobie qui l’empêchaient de sortir de chez lui et qui donneront naissance à "Ereaserhead", qu’il put réaliser grâce à une bourse de l’American Film Institute Conservatory de Los Angeles. Il raconte comment ce tournage, étalé sur 5 ans, fut le plus heureux de sa carrière de cinéaste car il a approché ce premier film comme une œuvre d’art totale, dont il a conçu chaque décor, chaque accessoire à la main. Le récit s’arrête d’ailleurs là, en 1977. La suite est connue…

Mais la grande réussite de Jon Nguyen et Rick Barnes, c’est de calquer leur documentaire sur le style de David Lynch. Nourri de ses confidences, de ses archives personnelles, de plans sur son beau visage sculpté de vieillard, le film baigne entièrement dans l’univers lynchéen. Lynch aurait en effet presque pu signer lui-même ce portrait impressionniste. On trouve en effet ce goût pour l’image évocatrice et la puissance du paysage sonore, qui nous plongent dans la psyché tourmentée d’un immense artiste, que l’on découvre ici sous un jour nouveau.


© IPM
Réalisation : Jon Nguyen, avec Rick Barnes&Olivia Neergaard-Holm. 1 h 28.