Cinéma

"Tu es sûr que tu n’appartiens pas au DC Universe ?" La punchline, référence pour geek gavés aux films de super-héros, résume le positionnement ambigu de "Deadpool 2", production Fox, coincée entre les errances de Warner/DC ("Justice League") et les cartons tonitruants de Disney/Marvel ("Avengers" et Cie).

Créé sur papier au début des années 1990, Deadpool, ex-mercenaire mutilé et métamorphosé en machine à tuer increvable sous son spandex rouge, est apparu alors que l’industrie du comic book menaçait d’imploser sous une hypertrophie de culturistes et d’apocalypses. Deadpool en fut l’acmé auto-parodique et auto-référentiel. Le personnage s’adresse directement au lecteur comme au spectateur. L’humour noir fait passer la pilule d’une violence hardcore et d’une sexualité refoulée (Deadpool a des atours sado-masochistes).

En 2016, la première adaptation cinématographique, signée Tim Miller, joua le même rôle que la BD, apportant un second degré irrévérencieux et salvateur à la déferlante super-héroïque.

Cette suite tente d’humaniser le personnage. Deadpool se prend d’affection pour Russell (Julian Dennison), orphelin mutant maltraité. Son intervention maladroite les mène en prison, où déboule Cable (Josh Brolin), cyborg du futur bien décidé à dégommer le gamin, vecteur potentiel d’un cataclysme.

Oui, ok, ça rappelle quelque chose : l’avantage quand on se moque de soi-même, c’est qu’on peut même faire passer tous les clichés du scénario - de la structure classique en trois actes au sentimentalisme prétexte.

Sur la formule, cet opus ne dévie pas du fil du katana - le sabre ninja qu’affectionne le héros. L’humour repose sur la connaissance supposée des spectateurs. Deadpool s’offre en ouverture un clin d’œil ravageur au "Wolverine" de James Mangold (tout aussi violent, avec aussi un gosse à sauver), des punchlines plus ou moins cryptées (mention à "Qui est Martha ?", référence à une scène ridicule de "Batman vs Superman"). Le niveau méta est atteint quand Deadpool traite Cable de "Thanos", que Brolin vient d’incarner dans "Avengers : Infinity War". Clin d’œil appuyé. Ne manquent que les rires préenregistrés…

C’est aussi subtil que la collection de sévices corporels déployée du début à la fin, étrange gimmick narratif. On commence par un suicide explosif, on termine sur une électrocution rectale, en passant par une mort au vomi acide. Dans l’intervalle, Deadpool tranche des membres, explose des têtes, se fait démembrer, écarteler, trépaner… Le climax est atteint quand un groupe de gamins applaudit une décapitation. C’était un vilain pédophile, donc c’est cool. Trump applaudirait aussi.

Mais l’arme du second degré est à double tranchant. Tout à son cynisme assumé, le film renchérit dans la gabegie sanglante. On laissera les Cable du futur et les sociologues du présent décider si celle-ci critique (hum…), reflète (sans doute) ou entretient (vaste débat) celle de la société qui incube cet étalage.

Mais alors que la seule Afro-Américaine du film, Zazie Beetz, est réduite au rang de sidekick sexy et badass, on pense au clip-buzz de Childish Gambino, son partenaire-démiurge de la série "Atlanta" : "This Is America".

Réalisation : David Leitch. Avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Zazie Beetz… 1h59.

© IPM