Cinéma L'éminent réalisateur tchèque Otakar Vavra, qui a signé depuis 1936 une cinquantaine de films et qui a transmis l'art du cinéma à plusieurs générations d'étudiants tchèques et étrangers, est décédé jeudi à l'âge de 100 ans, a annoncé vendredi l'agence CTK.

Né le 28 février 1911 à Hradec Kralove (centre), Otakar Vavra a réalisé ses meilleurs films, dont le célèbre ouvrage poétique "Romance pour un bugle", dans les années 1960, marquées par un dégel relatif du régime communiste alors au pouvoir.

Interdit de distribution peu après sa sortie en 1969, son autre chef-d'oeuvre, "Marteau des sorcières", évoque les procès contre des femmes accusées de sorcellerie au 17e siècle, mais dénonce aussi le fanatisme des procès politiques organisés par la dictature totalitaire dans les années 1950.

A l'Ecole supérieure de cinéma de Prague, Otakar Vavra a également formé la célèbre génération de la "nouvelle vague tchécoslovaque" des années 1960, incluant Milos Forman, Vera Chytilova et Jiri Menzel.

"Je lui suis reconnaissant pour tout ce qui m'a appris, et il y en a beaucoup", avait déclaré Jiri Menzel ("Trains étroitement surveillés", Oscar pour le meilleur film étranger en 1968) en mars dernier, peu après le 100e anniversaire de son pédagogue.

L'éminent réalisateur serbe Emir Kusturica ("Papa est en voyage d'affaires", "Le Temps des Gitans", "Underground") a également figuré parmi les étudiants d'Otakar Vavra à Prague, dans les années 1970.

Depuis la chute du régime communiste en 1989, la critique locale ne cessait de reprocher à Otakar Vavra d'avoir tourné aussi plusieurs films ayant strictement suivi la ligne imposée par le régime.

Il s'agissait notamment de la "trilogie hussite" ("Jan Hus", "Jan Zizka", "Contre tous") datant des années 1950 et d'une autre série de trois films réalisés dans les années 1970 pour illustrer l'histoire de la Tchécoslovaquie de l'accord de Munich (1938) jusqu'à la libération de 1945 ("Jours de la Trahison", "Sokolovo", "Libération de Prague").

"L'art du compromis fait partie des qualités fondamentales de chaque réalisateur", écrit dans ce contexte vendredi l'agence CTK.