Désigné coupable

F.Ds Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Omar m’a tuer ! Vingt ans plus tard, personne n’a oublié cette phrase écrite avec le sang de la victime. Ghislaine Marchal, une riche veuve, désignait ainsi son assassin, le jardinier de sa propriété de Mougins : Omar Raddad. Arrêté, enfermé, jugé, condamné, gracié par Jacques Chirac après sept ans de prison, Omar Raddad veut toujours être rejugé pour laver son honneur. La justice refuse obstinément, elle n’a aucune envie de se retrouver à la place d’Omar, dans le box de l’accusé.

Dans la foulée de "Indigènes", Rachib Bouchareb avait envisagé de consacrer un film à cette affaire emblématique, digne d’un roman de Dumas. C’est finalement Roschdy Zem, un de ses acteurs (et réalisateur de "Mauvaise foi"), qui s’en est chargé.

Comment ? Du point de vue d’Omar Raddad. Ce jeune jardinier de 28 ans, père de famille, analphabète, ne parlant quasi pas le français, est cueilli chez lui, un matin de juin 1991 parce que son nom était écrit à côté du corps sans vie d’une vieille dame très riche. L’homme ne comprend pas trop ce qui lui arrive. Il vit un cauchemar. Comme il a la conscience tranquille, il sait qu’il va se réveiller, que tout va s’arranger. En 2011, le cauchemar dure toujours.

Parallèlement à cette trajectoire tragique, Roschdy Zem déroule celle d’un écrivain parisien, plutôt gauche caviar, qui se passionne pour l’affaire. Son éditeur l’encourage : "Une croisade pour sauver un musulman, c’est vendeur !"

A l’opposé des autres protagonistes qui évoluent sous leur vraie identité comme Omar Raddad et son avocat Me Vergès, l’auteur de "Omar, la construction d’un coupable" ne s’appelle pas Jean-Marie Rouart mais évolue sous un nom d’emprunt.

Les deux récits -le calvaire de l’un, les investigations de l’autre- progressent en parallèle; le film alternant ainsi moments lourds vécus par Omar et moments légers générés par cet écrivain haut en couleur (Denis Podalydès), poussé dans ses retranchements par sa secrétaire. Toutefois si la contre-enquête nourrit le suspense, elle se borne à exposer les pistes négligées par la police, tant Omar constituait le suspect idéal.

Il n’en reste pas moins un film en forme de plaidoirie en faveur d’Omar Raddad, homme broyé par une justice de classe et raciste. Il est d’autant plus poignant que le jardinier marocain est incarné Sami Bouajila qui s’est immergé dans son personnage au point de disparaître. Son regard, sa simplicité, sa méconnaissance de la langue, permettent de comprendre comment Omar s’est laissé broyé sans résistance. Au sommet de son art, bouleversant de pudeur et de rage contenue, Bouajila porte le spectateur à ébullition face à cette enquête bâclée, cette vie brisée.

F.Ds

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