Cinéma

Ambiance

Mi-avril, à deux semaines du début effectif du tournage de "Panique au village", Vincent Patar et Stéphane Aubier, en compagnie de leur producteur et coscénariste Vincent Tavier, mettaient la dernière main au scénario. Dans leur atelier-studio de la rue du Fort (un antre capharnaüm délirant bourré de dessins, de caricatures, de souvenirs, de délires,...), ils revoyaient leur story-board* affiché sur le moindre espace libre. Patar et Aubier redessinent l'une ou l'autre image qu'ils affichent aussitôt sur l'un des 54 panneaux couvrant les murs. Les croquis sont très spontanés et les onomatopées les rendent d'emblée très vivants. Si les idées de gags peuvent parfois virevolter comme une balle de ping-pong, l'ambiance peut aussi être monacale. Commentaires pris sur le vif :

Stéphane Aubier : on retravaille la fin du scénario. Ça manquait...

Vincent Patar :... ça "toussait" un peu !

Vincent Tavier : on s'est rafraîchi la mémoire après plusieurs semaines d'interruption. On a revu l'animatique* pour voir où le scénario péchait.

SA : il y a encore beaucoup de détails qui sont passés à la trappe.

VT : nous allons dans le sens d'une simplification.

VP : on élague... C'est quand même long, l'écriture d'un long métrage d'animation. Je connais peu de gens qui s'en sont sortis en moins de deux ans, deux ans et demi. Ce doit être plus ciselé qu'un long métrage de fiction.

SA : tu vois, ici, il y a 54 panneaux avec le story-board. Cela représente 2 200 dessins. Chaque panneau égale environ une minute d'animation à l'écran.

VT : il y a eu cinq ou six versions. Au début, Vincent et Stéphane travaillaient sur le story-board et moi je faisais une version écrite. Et l'écrit faisait une sorte de tamis des idées. Quand tu regardes un story-board, tu es attentif aux gags mais le scénario écrit donne une articulation. Quand on a été satisfait du story-board, on a fait l'animatique avec des voix témoins*. On a fait deux versions de l'animatique. Nos animatiques sont plus simples que celles des studios américains qui sont déjà quasiment des films.

VP : pour quelqu'un d'extérieur, c'est "irregardable". Mais ça nous donne une idée du rythme.

VT : on s'est rendu compte que la fin ne marchait pas. On essayait de résoudre toutes les actions à la fois. Cela n'en finissait plus. Résultat : on est revenu à une bonne bagarre. L'autre difficulté par rapport à la série, c'est que ce sont des personnages sans expression. Tout passe par la parole et l'action. Et encore, Stéphane et Vincent ont tendance à réduire la parole au minimum. Comme on travaille ici sur un long métrage, il faut un peu plus définir les personnages. On comprendra, par exemple, les liens qui unissent Indien à Coboy.

SA : au début, on avait le même rythme que sur la série, mais on s'est rendu compte que c'était trop chargé.

VT : le style "Panique au village" se rapproche de Buster Keaton ou Tati. C'est un univers cohérent qui n'empêche pas l'émotion. Mais quand tu regardes le personnage de Monsieur Hulot chez Tati, c'est une forme d'abstraction. Ils sont plus proches de l'époque du burlesque.

VP : dans la série, tu peux te permettre d'être à fond la caisse tout le temps. La question du rythme est capitale.

VT : on part en réalité de nulle part alors qu'en animation, si tu regardes ce qui se fait depuis cinquante ans, cela part souvent de mythes, de contes qui sont dans l'inconscient collectif.

Surfez sur Panique au village, le blog du tournage du film

http://paniqueauvillage.blogs.lalibre.be/