Cinéma

En juin 1943, alors que dans une forêt des Ardennes, un camp tzigane est pris pour cible par des soldats allemands, Django Reinhardt fait vibrer de ses rythmes endiablés Parisiens aisés et officiers nazis, qui viennent l’applaudir à tout rompre… Protégé par les Allemands en raison de son génie, il se contente de jouer sa musique pour qui veut bien l’écouter. Il tique bien face aux exigences des autorités allemandes: pas plus de 20 % de swing par concert, les solos ne peuvent pas dépasser plus de quelques secondes et pas question de lever le pied du sol ! Mais Django ne se sent pas concerné par cette guerre de "gadjos". Pourtant, à mesure que la machine de guerre nazie se resserre sur la communauté gitane, il est contraint d’ouvrir les yeux.

Quand on pense à Django Reinhardt, on pense évidemment au génial jazzman manouche, à ce musicien hors pair qui faisait courir ses doigts à une vitesse folle le long du manche de sa guitare, malgré son handicap à la main gauche. Dans son premier long métrage comme réalisateur, le scénariste Etienne Comar en propose une autre image, plus sombre… Scénariste de Xavier Beauvois (notamment sur "Des hommes et des dieux") et producteur d’Abderrahmane Sissako (sur "Timbuktu"), le Français ne signe pas le biopic attendu de Reinhardt. Son point de vue est clairement affiché : il se concentre uniquement sur quelques mois de 1943. Quand Django renonce à une tournée que l’on promet triomphale en Allemagne, sous bonne garde de la propagande nazie, pour fuir incognito vers Thonon-les-Bains avec sa mère et sa femme, dans l’espoir de passer en Suisse, juste de l’autre côté du lac Léman…

A travers le personnage de Django Reinhardt, Etienne Comar veut aborder, en creux, le génocide de la communauté tzigane par les nazis. Malheureusement, le scénariste s’emmêle rapidement les pinceaux dans une fiction embarrassante. Notamment à travers le personnage fictif campé par Cécile de France. Très femme fatale, celle-ci est chargée d’amener du romanesque; elle fait surtout basculer le récit dans un film noir poussif et hors propos.

"Django" séduit néanmoins par sa capacité à aborder la question du génocide par le truchement de la musique. Sur la scène du Hot Club de France, dans les bars de Thonon, devant une roulotte avec sa famille… Django joue tout le temps. Et Comar fait évoluer la tonalité de son film en l’accordant aux notes du guitariste français, à mesure qu’opère sa prise de conscience. Si le film s’ouvre sur le roi du swing parisien, il évolue vers quelque chose de plus mélancolique, pour se clore sur le "Requiem pour mes frères tziganes" pour orgue, orchestre et chœur. Jouée une seule fois à la Libération, cette messe funèbre dont la partition est aujourd’hui perdue est dédiée par Reinhardt à tous les Tziganes massacrés pendant la Seconde Guerre mondiale.


© IPM
Réalisation : Etienne Comar. Scénario : Etienne Comar & Alexis Salatko (d’après le roman de ce dernier). Photographie : Christophe Beaucarne. Musique : Warren Ellis. Avec Reda Kateb, Cécile De France, Bea Palya, Bimbam Merstein… 1 h 57.