Cinéma

Dans un laboratoire norvégien, une équipe scientifique pense avoir trouvé une solution humaine au pire fléau qui menace l’avenir de la planète et de la race humaine : la surpopulation. Ils sont parvenus à mettre au point un procédé de réduction cellulaire. Testé sur des souris, celui-ci a ensuite été mis en œuvre sur un groupe d’une trentaine de volontaires, qui ont vu leur taille réduite à… 12 cm de haut. En quatre ans de vie miniature, leurs déchets tiennent dans un petit sac-poubelle !

Dix ans plus tard, acculés de dettes et sans perspectives d’avenir, Paul Safranek (Matt Damon), un brave Américain du Nebraska, et sa femme Audrey (Kristen Wiig) décident de se lancer et de rejoindre une communauté miniature au Nouveau Mexique. Là, leurs quelques économies leur permettront de vivre comme des millionnaires. Sauf qu’au dernier moment, Madame renonce, laissant seul son mari miniaturisé dans sa nouvelle maison, immense et vide. Rapidement, celui-ci va descendre dans l’échelle sociale. Car, fût-elle réduite, cette société reproduit exactement les mêmes schémas et les mêmes injustices que celle que Paul rêvait de quitter…

L’idée de base de "Downsizing" est irrésistible. Et dans toute sa mise en place, façon "Truman Show", le film est une vraie réussite, bourré de détails amusants, avec un jeu forcément jubilatoire au grand écran sur les changements d’échelle. Le procédé est un classique du cinéma. Que l’on pense à "L’aventure intérieure", "Chéri j’ai rétréci les gosses" ou, plus récemment, le "Ant-Man" de Marvel. Dommage qu’Alexander Payne ne parvienne pas à tenir sur la longueur (2 h 15), se prenant assez vite les pieds dans le tapis de sa fable sur l’avenir de l’humanité.

S’il change radicalement de registre après "Sideways", "The Descendant" et "Nebraska", le cinéaste américain retrouve néanmoins les thèmes de fraternité et de solidarité qui caractérisent ses films précédents. Mais il manque sans doute un peu de mordant. Surtout quand débarque le personnage d’une opposante vietnamienne (Hong Chau) miniaturisée par le gouvernement qu’elle combattait et cherchant sans relâche à venir en aide à tout le monde.

Dans ce registre à la limite de l’absurde, on se demande si un Spike Jonze ("Dans la peau de John Malkovitch") ou un Michel Gondry ("Eternal Sunshine of a Spotless Mind") n’auraient pas été plus à l’aise. Ils auraient sans doute réussi à conférer un peu plus de mystère et d’étrangeté à l’ensemble. Même si, porté par un chouette casting - avec notamment un grand numéro de Christoph Walz en voisin totalement cynique, ayant réussi à tirer avantage de cette miniaturisation -, "Downsizing" reste une comédie très amusante.

Le film pose en tout cas de vraies questions sur l’avenir de l’Homme qui, au lieu de chercher à tout prix à conserver son mode de vie actuel, devrait avoir le courage de réfléchir à en changer radicalement ses modes de vie… Malgré la chaleur humaine qui se dégage de son film, Alexander Payne propose en effet une vision plutôt résignée d’une humanité qui, face à sa fin prochaine, semble condamnée à répéter sans cesse les mêmes erreurs - fût-ce au nom de sa sauvegarde… Face à de tels enjeux, la réponse du cinéaste américain - seul l’amour pourra changer les choses - apparaît quand même un peu simpliste…


© IPM
Réalisation : Alexander Payne. Scénario : Alexander Payne&Jim Taylor. Photographie : Phedon Papamichael. Musique : Rolfe Kent. Montage : Kevin Tent. Avec Matt Damon, Christoph Waltz, Hong Chau, Kristen Wiig, Udo Kier, Laura Dern, Jason Sudeikis… 2 h 15.