Cinéma

Vivant seul avec son père, directeur de son lycée, Louis est un ado de 16 ans sans problème. Un peu renfermé, il est très proche de Greg, un fils de garagiste qui accumule les problèmes à l’école. Après avoir agressé sa prof d’anglais, ce dernier est menacé de renvoi. Furieux, il décide de se venger en kidnappant la jeune femme Avec la complicité de Louis qui lui fournit la cachette, une cabane de sa famille perdue dans les marais, où ils la retiennent, ligotée et humiliée. Ils ne devaient que lui faire peur et la relâcher le lendemain, mais les choses ne se passent pas comme prévu

Après "L’autre Dumas", en 2010, film en costumes avec Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde sur Alexandre Dumas et son nègre, Safy Nebbou revient à son cinéma avec ce 4e long métrage adapté de "L’Age bête", roman de Boileau-Narcejac paru en 1978. Et, comme dans l’inquiétant "L’empreinte de l’ange", avec Catherine Frot et Sandrine Bonnaire en 2008, le jeune réalisateur Français livre à nouveau un drame psychologique glacial. Nebbou observe, en effet, ses personnages avec détachement. La vie quotidienne de ce père et de ce fils, les escapades secrètes en barque dans les marais, les scènes de torture psychologique avec la captive Tout est traité avec une distance renforcée encore par les tonalités froides de l’image. Pas facile dans ces conditions de s’attacher aux personnages, de chercher à comprendre leurs motivations.

Le problème du film tient aussi dans sa trop grande abstraction, dans un scénario trop écrit d’où ne jaillit jamais la vie. Toutes les pièces du puzzle s’assemblent sous nos yeux, mais on ne parvient jamais à croire au parcours de ce gamin, à sa lutte contre les fantômes du passé et contre la culpabilité qui le ronge.

"Comme un homme" est un film volontairement en demi-teintes, qui refuse les excès dramatiques. C’est ce qui fait son charme languissant. Mais aussi sa faiblesse. Car à trop se concentrer sur des détails psychologiques, Nebbou en oublie presque de faire vivre son histoire, de donner du rythme à son récit. Alors que Bolieau et Narcejac étaient les rois du suspense, il livre un petit polar au ralenti. Comme s’il n’assumait pas le fait divers pour tout tirer vers un drame psychologisant trop appuyé.

Reste néanmoins un très beau casting. Face à son père Charles Berling, le jeune Louis se montre plein de retenue et plein de promesses pour l’avenir. Tandis que Saffy Nebbou retrouve l’intéressante Sarah Stern qu’il avait déjà fait tourner dans "L’empreinte de l’ange".

Réalisation : Safy Nebbou. Scénario : Gilles Taurand (d’après "L’Age bête", de Boileau- Narcejac). Avec Kévin Azaïs, Charles Berling, Emile Berling, Sarah Stern 1 h 35.