Cinéma Très beau deuxième film, intime, de la réalisatrice Amélie Van Elmbt.

C’est l’été à Bruxelles. Ce matin-là, Antoine (Thomas Blanchard) ressurgit de nulle part sur le pas de la porte de Camille (Judith Chemla). Il souhaite voir Elsa (Lina Doillon), leur fille de cinq ans, qu’il n’a jamais rencontrée.

Surprise et furieuse à la fois, Camille l’éconduit : dans quelques minutes elle doit partir à l’aéroport pour un voyage d’affaires important. La baby-sitter qui doit s’occuper d’Elsa n’arrive pas.

Quand arrive le taxi, Camille panique, rappelle Antoine et lui demande d’attendre la baby-sitter… qui ne donnera jamais signe de vie. Un trousseau de clés oublié plus tard, voici Antoine et Elsa exfermés dehors, contraints d’improviser et de s’apprivoiser.

On avait découvert Amélie Van Elmbt en 2012 avec "La tête la première", déjà récit d’une échappée belle, là entre un gars et une fille (David Murgia et Alice de Lencquesaing) qui se rencontraient au bord du chemin, la dernière cherchant à retrouver un cinéaste-pygmalion - Jacques Doillon dans une belle mise en abîme.

Le point de vue se déplace cette fois sur la relation père-fille, inexistante au début du film, et qui va naître sous les yeux des spectateurs, au fil de scènes pleines de finesse, de subtilités et de tendresse. Le récit, la mise en scène et l’interprétation ne sombrent jamais dans la mièvrerie ou la facilité.

On devine les espaces de liberté ou la spontanéité sur le fil entre les comédiens professionnels et la jeune Lina Doillon - qui n’est autre que la fille de la réalisatrice. Thomas Blanchard compose un Antoine qui cherche d’abord sa place, avant de la trouver, peu à peu, et, même, de l’imposer. Il suit l’enfant plus que l’enfant ne le suit, adaptant ses décisions aux nécessités et besoins d’Elsa. Mise en abîme qui reflète le dispositif même du tournage (lire notre entretien) durant lequel le comédien et l’enfant se sont autant apprivoisés que le père et la fille qu’ils incarnent.

Amélie Van Elmbt est précisément une réalisatrice de l’instant présent. Elle excelle dans l’art de canaliser l’énergie des interactions, de saisir l’ange qui passe ou de laisser s’installer les moments de grâce et les silences qui en disent long. Sa caméra nous invite, avec délicatesse, à entrer dans l’intimité d’Antoine et Elsa.

Si personnel soit-il, son cinéma n’en est pas moins empreint d’une pudeur touchante - que traduit la réserve et la retenue d’Antoine qui cachent, peut-être, des blessures anciennes. On se laisse emporter par cette relation en devenir. On y croit, parce qu’elle est belle et sincère, mise en scène avec simplicité.


© IPM
Réalisation : Amélie Van Elmbt. Scénario : Amélie Van Elmbt et Matthieu de Braconier. Avec Thomas Blanchard, Lina Doillon, Judith Chemla,… 1h26

"Drôle de père" a reçu les prix de la critique et du jury Cinévox au Festival du Film de Namur.