Cinéma

Du cinéma, Helen Hunt s'est longtemps fait désirer. Tôt reconnue par la télévision - elle apparaîtra régulièrement au générique de `St. Elsewhere´ avant d'incarner, pendant de nombreuses saisons, Jamie Buchman dans `Mad About You´ -, la comédienne ne tâte dans un premier temps que fort sporadiquement du grand écran; on put néanmoins la remarquer dans `Peggy Sue got married´ et autre `Bob Roberts´.

Renversement de tendance au milieu des années nonante où, la trentaine dépassée - un âge pourtant généralement considéré comme canonique à Hollywood -, Helen Hunt goûte successivement au succès grand public (`Twister´) et à la reconnaissance tous azimuts (`As Good as it gets´ de James Brooks, en 1998).

Sa prestation face à Jack Nicholson lui vaut un oscar, l'actrice enclenche alors la surmultipliée, tournant pour Robert Altman (`Dr T and the Women´), Robert Zemeckis (`Cast Away´), Nancy Myers (`What Women Want´) et quelques autres; jusqu'à Woody Allen aujourd'hui. `Il est clair que l'oscar a produit des résultats, sans que je puisse vraiment les quantifier. Bob Zemeckis aurait-il pensé à moi si la statuette était plutôt allée à Judi Dench pour Mrs Brown ? Tout cela n'est que supputations. Ce qui est sûr, c'est qu'on m'a proposé plus de travail l'an dernier que je n'en avais eu depuis dix ans. Mais tout cela va par vagues, je n'ai rien à l'horizon pour l'instant, et cela me convient fort bien...´

De pilotage automatique, elle ne saurait en effet entendre parler. Pas plus, d'ailleurs, que de stéréotypes, elle dont les choix dénotent une volonté de déjouer les attentes. Et d'apparaître tour à tour, et avec une même aisance, femme de tête (`What Women Want´) et être plus fragile, de `Pay it forward´ à `Cast Away´ - `j'aime l'un comme l'autre, ne jouer qu'un type de rôles ne me rendrait pas heureuse.´

Deux facettes que concilie `The Curse of the Jade Scorpion´, nouvelle pièce à apposer à une filmographie forçant le respect. `J'ai su me montrer exigeante, mais j'ai aussi eu de la chance. Je comprends que beaucoup d'actrices déplorent la rareté des bons rôles féminins, encore que je n'aie pas eu personnellement à m'en plaindre. Mais qui sait si je tiendrai le même discours dans un an. Je n'ai d'ailleurs pas le sentiment que les hommes soient logés à meilleure enseigne: on recycle encore et toujours le même rôle, sauf lorsqu'un auteur merveilleux se trouve derrière le film, quelqu'un de la trempe d'un James Brooks ou d'un Woody Allen.´

Lucide, avec ça. Mais de cela, on n'avait jamais vraiment douté...

J.-F. Pl.

© La Libre Belgique 2002