Cinéma

Depuis une semaine, la tribune incendiaire publiée par Vincent Maraval dans les pages du "Monde" agite le milieu du cinéma français. Parce qu’il provient d’un producteur et vendeur international de renom, ce coup de gueule a brisé "l’omertà" sur les salaires de plus en plus élevés d’une poignée de stars. Cette inflation et, avec elle, celle des budgets, menacerait l’équilibre du système français de financement des films.

"Faux", rétorquent les détracteurs de Maraval. "Le meilleur système d’aide au cinéma du monde", pilier de l’exception culturelle chère à nos voisins, permet de soutenir la production (plus de 200 films par an) et de faire front au cinéma anglo-saxon (40 % de parts de marché pour les films français), disent en chœur critiques de cinéma et représentants des organismes de financement public. A l’opposé, les sans-grade (techniciens ou acteurs non stars) rappellent que, pendant qu’on ne prête qu’aux riches, leurs salaires sont rabotés. Si on peut interroger les motivations de Vincent Maraval, on ne peut pas non plus se contenter de botter en touche, sous le prétexte fallacieux que réformer le système entraînerait automatiquement sa suppression. Comme le résume un professionnel belge, "payer un acteur trois millions d’euros, ce n’est pas défendre l’exception culturelle". Des excès existent, qui valent aussi, en Belgique, premier partenaire de coproduction de la France, pour le mécanisme du "tax shelter", autour duquel une omertà du "tout va très bien" existe aussi. Il faut avoir le courage de les corriger. Surtout à l’heure où des efforts sont demandés dans tous les secteurs de l’économie et de la culture.

Édito d'Alain Lorfèvre