Cinéma

Al&Fer

Comme deux cow-boys escortant leur troupeau, Ed Harris et Viggo Mortensen ont accompagné leur film tout l’automne, menant "Appaloosa", de festival en festival, de Deauville jusqu’à Rome.

Western

Viggo. J’aime beaucoup les westerns, j’aime beaucoup monter à cheval, et j’aime beaucoup cette période 1860/1910. J’ai regardé beaucoup de westerns à la télé quand j’étais enfant. C’est un genre qui m’est familier. J’ai eu vraiment eu du bon temps à monter, mais je ne ferai jamais un western pour faire un western juste parce que j’aime faire du cheval. Si Ed m’avait présenté un projet de cette qualité-là, se déroulant en 1983, j’aurais signé aussi. Ce que j’aime faire, ce sont des bons films. Et celui-ci est excellent, il s’inscrit dans la tradition avec quelque chose de singulier.

Ed. J’ai vu énormément de westerns dans ma vie. Je ne pourrais pas citer de référence consciente pour "Appaloosa", mais parmi mes œuvres favorites, il y a beaucoup de John Ford, comme "My Darling Valentine", "The Searchers", " The Man Who Shoot Liberty Valance". Aussi "Once upon a Time in the West", " The Oxbow Incident". En règle générale, j’ai une préférence pour les westerns portés par des personnages élaborés.

Amitié virile

Ed. L’amitié virile est l’essence même du western. L’amitié entre hommes est très importante pour moi. J’ai fait beaucoup de sport dans ma jeunesse dans le New Jersey. Et 45 ans plus tard, je suis toujours proche de mes copains de cette époque. On ne se voit pas tous les jours, mais l’amitié est toujours là. Pour moi, c’est très important d’avoir des gens comme cela, sur qui on peut compter quand on a des coups dans la vie. Vous savez qu’ils partagent votre vision du monde, votre humour, qu’il y a dans le monde, des gens à qui vous êtes rattaché. Et cette amitié masculine, cette camaraderie non dite, m’a sauté aux yeux à la lecture du roman de Robert Parker. Je me suis reconnu dans cette relation, je la trouvais très amusante, et j’ai tout de suite voulu la porter à l’écran. J’avais envie de vivre cette expérience d’amitié entre deux personnes qui n’ont pas besoin de dire beaucoup de choses, mais sur qui on peut compter. Pendant des heures, ils font du cheval ensemble, mais ils n’ont pas besoin de parler, ils savent que l’autre est là, qu’ils partagent quelque chose d’unique. C’est un rôle que j’avais envie de jouer. Et le premier type avec qui je voulais le faire, je n’ai pas hésité une seule seconde, c’était Viggo.

Viggo. Durant la promotion de "A History of violence", Ed m’a fait lire le roman de Robert Parker. J’ai vraiment été happé. Un élément qui me touche particulièrement, et que l’on retrouve dans un film comme "Missouri Breaks", c’est la description d’une part d’un univers où la liberté semble absolue, où tous les espaces sont encore ouverts, et, en même temps, le fait qu’il se situe à la fin d’une époque, au moment où les règles sont en train de changer. C’est le défi qui se pose aux deux personnages.

Western new look

Ed. Ce qui m’importe, c’est la relation entre ces deux hommes. Il se fait qu’elle a pour cadre un western. Franchement, je n’ai pas cherché à revitaliser le genre, à le moderniser, à attirer un nouveau public. D’ailleurs, ce n’est pas monté "ultrarapide" pour intéresser les jeunes. Non, c’est un western dans la tradition, un western qui prend son temps. A cette époque, on communiquait directement ou par lettres. Il s’agissait de respecter ce rythme-là, de rendre hommage aux paysages et à la vie quotidienne de cette époque. Je suis très fier du travail du décorateur qui est vraiment allé jusque dans le détail pour ce qui est des meubles, de la vaisselle, du papier peint. Je voulais donner une réalité au cadre dans lequel ces personnages s’inscrivent. Un point qui m’inquiétait, c’était les fusillades ou les duels. Je voulais qu’ils paraissent très réalistes, qu’ils ne soient pas chorégraphiés. Et je n’avais absolument aucune expérience, comme réalisateur, des scènes d’action.

Humour

Ed. Le scénario découle à 85 pc du livre. Cette idée d’un homme qui, d’un côté, cherche à augmenter son vocabulaire et, de l’autre, demande de l’aide à son copain quand il ne trouve plus les mots, était dans le roman. Mais nous l’avons fortement développée. L’humour à froid des personnages est une création de Robert Parker. Nous n’avons fait que nous l’approprier.

Un de mes acteurs favoris, récemment disparu, est Paul Newman. Un des éléments que j’aimais chez lui (Harris a joué avec Newman dans la minisérie "Empire Falls"), c’était cette capacité qu’il avait d’insuffler à chacun de ses personnages une forme d’humour ou de décalage, même dans des rôles plus dramatiques. C’est quelque chose que je pourrais développer.