Cinéma

La route qui mène à la station de ski de la Cordillère des Andes où se tient le sommet qui scelle la création d’une Alliance pétrolière sud-américaine est sinueuse. Celle qui mène au sommet du pouvoir l’est tout autant… Comment Hernán Blanco, petit gouverneur de l’Etat de La Planta, est-il parvenu à se hisser à la tête de l’Argentine en faisant campagne sur son statut d’homme ordinaire ? Qui est ce président invisible que moquent les médias et qui intrigue ses homologues du Mexique, du Chili et surtout du Brésil, pays qui porte à bout de bras cet OPEP latino-américain ? Alors que les négociations s’annoncent difficiles - les Gringos s’insinuant évidemment dans les discussions -, Blanco doit en plus gérer une crise plus personnelle, avec l’arrivée de sa fille dépressive…

Après "Paulina", le cinéaste argentin Santiago Mitre signe avec "El presidente" un thriller politique très tenu, grâce à une mise en scène au cordeau qui parvient à nous faire pénétrer dans les coulisses d’une grande réunion internationale. Un peu à la façon de l’Italien Roberto Andò dans le récent "Le confessioni". Comme lui, Mitre ne fait d’ailleurs pas l’impasse sur les grandes questions métaphysiques qui se posent à la politique. Celles du bien, du mal et surtout de la frontière ténue entre les deux, ces interstices gris où peut se glisser la corruption.

Bénéficiant de moyens assez conséquents, le cinéaste s’offre un casting international. Où l’on croise le Mexicain Daniel Giménez, la Chilienne Paulina García, l’Américain Christian Slater et bien sûr Ricardo Darín. Vu dans "Les Nouveaux Sauvages" et "Truman", bientôt à l’affiche de "Todos lo saben" de l’Iranien Asghar Farhadi, l’acteur argentin est une fois de plus impressionnant, réussissant à conserver toute l’ambiguïté de son personnage. Car ce président "normal" est peut-être moins ordinaire qu’il le prétend…

Si la dimension politique d’"El presidente" est évidente, Santiago Mitre évite nombre d’écueils en se concentrant sur l’envers du décor de cette rencontre au sommet sud-américaine. Pour nous décrire les rouages du pouvoir et de la corruption, il choisit en effet l’angle de l’intimité. Et cela dès la formidable scène d’ouverture. Où l’on rentre au siège de la présidence argentine non pas par la grande porte, mais par l’entrée des fournisseurs, en suivant un électricien venu faire un devis pour le remplacement d’un compteur. En un plan-séquence, tout est dit du climat de méfiance, de paranoïa qui règne dans les coulisses du pouvoir….


© IPM
Réalisation : Santiago Mitre. Scénario : Mariano Llinás & Santiago Mitre. Photographie : Javier Juliá. Musique : Alberto Iglesias. Montage : Nicolás Goldbart. Avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Paulina García, Daniel Giménez Cacho, Christian Slater… 1 h 54.