Cinéma Jolie coïncidence du calendrier ou bonne intuition du distributeur, Emilie Dequenne est à l'affiche de «Avant qu'il ne soit trop tard», qui sort sur les écrans belges ce mercredi. Un film certes moyen (lire la critique en «Libre Cinéma») mais qu'elle irradie de sa présence. Débordante d'énergie, elle enchaîne les tournages (trois films en 2004 dont une production américaine avec Robert De Niro, toujours inédite en Belgique, deux autres films à venir, «De profundis» et «Ecoute le temps»). Ajoutons-y sa nomination aux Césars pour son second rôle dans «L'équipier», et on se dit qu'elle n'a pas encore fini de nous étonner, cette «Rosetta» révélée par les frères Dardenne qui, en 1999, décrochait un prix d'interprétation à Cannes pour ce premier rôle.

Je vais vous poser la question que tout le monde vous pose depuis trois jours...

Serait-ce à propos de la Palme d'or? C'est formidable! Quand j'y pense, c'est assez comique, parce que l'année où les frères avaient eu la Palme pour «Rosetta», j'avais presque envié mes parents et mes amis de la fête qu'ils avaient pu faire ici. Mais cette fois, j'ai pu le vivre de mon côté avec plus de recul. Le bonheur de voir des personnes qu'on aime être heureuses comme ça, c'est génial. J'en ai encore pleuré. Et j'ai débouché une bonne bière pour fêter ça.

Vous gardez des contacts réguliers avec les frères?

Avec Luc, on se téléphone beaucoup. Jean-Pierre est moins bavard! On essaie de se voir de temps en temps, quand on peut.

Est-ce que rétrospectivement votre prix d'interprétation n'était pas un cadeau empoisonné?

Les premiers temps, je me suis dit qu'on allait m'attendre au tournant, que je devrais faire attention à ce que je ferais. Puis je me suis dit: «Arrête de te mettre la pression!» J'ai vite compris que si je choisissais les films qu'il «fallait» que je fasse pour de mauvaises raisons, ce ne serait pas agréable pour moi. Mais que, par contre, si je choisissais les films que j'avais envie de faire avec les gens avec qui j'ai envie de travailler, ce seraient des expériences formidables. En faisant les choses honnêtement, je continue à recevoir beaucoup de propositions. Le prix d'interprétation a été un vrai cadeau.

Vos choix passent toujours par une rencontre avec un réalisateur?

Je lis les scénarios comme je regarde un film. Je parviens tout de suite, en lisant, à voir un film. C'est une lecture assez basique, rapide, et j'essaie de visualiser le film que je vais voir. Avec le temps, par contre, je me rends compte que c'est aussi le personnage qui importe. C'est le cas pour «Ecoute le temps», le dernier film que je viens de faire. Là j'ai trouvé une expérience, un rôle, Charlotte, qui me touchait.

Qu'a-t-il de particulier?

Il m'a demandé beaucoup de travail. Sur 45 jours de tournage, j'en ai tourné 44. C'est une jeune femme qui retourne dans la maison où sa mère est morte. Et elle va se rendre compte qu'elle ne connaissait pas vraiment sa mère. C'est un vrai rôle de femme, ce qui au cinéma est assez rare. Jusqu'ici j'ai eu de la chance: j'ai souvent eu des personnages géniaux. Mais sur celui-ci en particulier, il y avait aussi un travail physique sur le personnage, un côté un peu guerrier, un peu fou.

Concernant Aurélia dans «Avant qu'il ne soit trop tard», qu'est-ce qui vous a attirée?

D'abord, l'histoire m'a retourné. Ça m'a fait penser à mes fêtes et mes potes à moi. C'est un univers qui m'appartient un peu. Cette histoire me ressemblait. Mais des gens étaient un peu réticents à l'idée que joue Aurélia. Pourtant ce personnage me plaisait beaucoup. Déjà je suis plus jeune que ce personnage, et de jouer un personnage qui a 6, 7 ans de plus que moi, c'était un peu un défi. Ça me permettait aussi de dépasser les rôles de jeune fille pas vraiment installée, un peu naïve, un peu paumée, auxquels on me lie systématiquement. Aurélia, c'est un vrai rôle de bonne femme qui s'assume, qui a son boulot, qui est séduisante, séductrice, bien dans sa peau. C'est une personnalité bien incarnée. Tout ça me plaisait. C'est un peu comme ça que je fonctionne dans la vie, mais avec six ans de moins. Elle représente ce qui me plaît. Et puis c'est flatteur de se dire qu'on peut être une femme qui séduit. C'est finalement celle qui me ressemble le plus dans tous les rôles que j'ai joués jusqu'ici.

© La Libre Belgique 2005