Cinéma

Le cinéma belge naît en 1897, quand Hippolyte De Kempeneer, ancien négociant en boissons, tourne le court métrage documentaire "Le roi Léopold II à l’Exposition de Tervueren". Mais son histoire s’est considérablement accélérée il y a 50 ans, avec la création des aides culturelles au cinéma. Avant cela en effet, la production d’un film se faisait de façon plus ou moins anarchique et pouvait même se transformer en véritable parcours du combattant. Comme ce fut le cas pour Paul Meyer avec son magnifique "Déjà s’envole la fleur maigre".

Tout change le 21 juin 1967, grâce à un arrêté royal du ministre de la Culture francophone Pierre Wigny, qui crée la Commission de sélection des films, chargée d’apporter son soutien à la production cinématographique belge francophone. Créée deux décennies après le Centre du cinéma français et fonctionnant sur le même principe de l’avance sur recettes, la Commission va encadrer le cinéma belge, dont la production a fini par s’envoler. Si, à la fin des années 60, on tournait chaque année environ six longs métrages belges (francophones et flamands confondus), en 2016, la Commission de sélection a soutenu 18 longs métrages francophones. En 50 ans, ce sont ainsi quelque 1638 films belges francophones qui ont été aidés, dont 315 longs métrages.

Cette longue histoire est évidemment jalonnée de moments-clés. Le premier se situe en 1991, avec la sortie de "Toto le héros" de Jaco Van Dormael. Avant lui, il y a bien sûr eu de grands noms (André Delvaux, Chantal Akerman, Marion Hänsel…) mais le Bruxellois lance un véritable renouveau du cinéma belge et inaugure sa reconnaissance à l’étranger en décrochant la Caméra d’or, qui récompense le meilleur premier film du festival de Cannes. Jaco a non seulement posé la première pierre de son univers cinématographique, il a également su tisser un lien avec le public. Comme en témoignera l’immense succès de son deuxième film "Le huitième jour", cette fois présenté en sélection officielle cannoise. Porté par le double prix d’interprétation offert à Daniel Auteuil et Pascal Duquenne, le film détient toujours le record d’entrées pour un film belge francophone : 750 000 tickets vendus. Tandis qu’avec "Le tout nouveau Testament" en 2015, Jaco réunissait 300 000 spectateurs belges.

Avant Van Dormael, Gérard Corbiau avait déjà connu un beau succès avec "Le maître de musique" en 1988 (500 000 entrées rien qu’en France). Mais après "Toto", l’attention ne retombera plus. Comment oublier le scandale provoqué sur la Croisette en 1992 par trois jeunes types un peu barges ayant tourné à l’arrache un faux documentaire sur un tueur en série ? Benoît Poelvoorde, Rémy Belvaux et André Bonzel créent en effet le buzz avec "C’est arrivé près de chez vous". Ils seront d’ailleurs les seuls à rembourser intégralement l’aide à la finition reçue in extremis de la Commission. Et ce, de leur propre initiative ! Pour éviter les tonnes de paperasserie administrative liée à la vente de leur film aux quatres coins du monde.

L’autre année charnière est évidemment 1999, marquée par la première Palme d’or de l’histoire du cinéma belge, remise par David Cronenberg aux frères Dardenne pour "Rosetta" (qui en décrocheront une seconde avec "L’enfant" en 2005). Tandis que quelques mois plus tard, sur le Lido de Venise, Nathalie Baye reçoit la Coupe Volpi de la meilleure actrice pour "Une liaison pornographique" de Frédéric Fonteyne. A partir de là, le pouvoir politique prend conscience que le cinéma est aussi un enjeu en termes d’image. Les aides vont donc se multiplier, avec notamment la mise en place du tax shelter en 2003. Lequel va faire exploser la production.

Dans la foulée, c’est toute une nouvelle génération qui se lance, avec les premiers films d’une série de réalisateurs aujourd’hui bien installés : Joachim Lafosse ("Folie privée"), Bouli Lanners ("Ultranova"), Fabrice Du Welz ("Calvaire"), Stefan Streker ("Michael Blanco"), Abel et Gordon ("L’iceberg") ou encore Stefan Liberski ("Bunker Paradise"). Dix ans plus tard, même s’il n’était guère représenté cette année à Cannes, le cinéma belge francophone se porte mieux que jamais. De plus en plus varié dans les genres et les thèmes abordés, il a su se débarrasser des clichés qui lui ont trop longtemps collé à la peau…


Un an de festivités

Ce mercredi, la ministre de la Culture Alda Greoli et la directrice générale adjointe du Centre du cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles Jeanne Brunfaut présenteront le riche programme "50/50 : cinquante ans de cinéma belge, cinquante ans de découvertes", à l’occasion du 50e anniversaire des aides culturelles au cinéma, instaurées par arrêté royal le 22 juin 1967.

Une liste de 50 films sera notamment dévoilée, reprenant 20 longs métrages, 15 documentaires et 15 courts métrages ayant marqué ces cinq décennies de cinéma belge francophone. Tous auront droit à une projection en salle en présence de son réalisateur à Bruxelles (Flagey, Bozar ou Cinematek) et en Wallonie (Grignoux à Liège, Plaza Art à Mons, Quai 10 à Charleroi…).

Ces festivités, auxquelles seront également associés différents festivals (qui pourront concocter leur propre programmation rétrospective), se dérouleront durant un an, jusqu’en juin 2018. Premier rendez-vous à Flagey le 15 juin avec "Les barons" de Nabil Ben Yadir.