Cinéma

Entretien

Fernand Denis à Marrakech

Qu'est devenu Eric Barbier ? Voici quinze ans, sortait "Le brasier", film ambitieux sur la mine. Boudé par le succès, il précipita son auteur dans une longue traversée du désert. "Le plus compliqué, explique Eric Barbier, c'est d'oublier le passé, les dix ans de ma vie que j'ai passés à développer ce projet. Quand ça ne marche pas, c'est difficile de se reconstruire après, de retrouver l'envie de faire un autre film. Après un échec, les choses s'arrêtent brutalement et on se pose beaucoup de questions : pourquoi faire du cinéma ? Quels films ai-je envie de faire ? Aujourd'hui, faire "Le Serpent", c'est faire un cinéma moins "douloureux", plus ludique, c'est faire du spectacle plutôt que du cinéma d'auteur, c'est enchaîner des projets plus rapidement." Est-il resté prostré pendant tout ce temps ? "Non, j'ai fait beaucoup de choses, heureusement. J'ai tourné un téléfilm pour Arte et un autre long métrage, "Torero". J'ai surtout fait du travail moins exposé, dans la publicité notamment. C'est là que j'ai rencontré un Belge, Pierre Renson, le chef décorateur du "Serpent". C'est son premier long métrage, il a un talent exceptionnel."

Un autre élément a une importance capitale dans sa mise en scène : la musique. "Oui. Mon frère Renaud l'a composée. On a travaillé très en amont. Dès les premières moutures du scénario, il a commencé à y réfléchir et quand le tournage a débuté, j'avais déjà la musique, la petite ritournelle pour l'enfance et ces sons qui ont un rôle prépondérant dans la tension."

Entre les deux acteurs à la mode, Clovis Cornillac et Yvan Attal, on est surpris de trouver Pierre Richard en contre-emploi. "Je cherchais quelqu'un d'un peu fragile, un peu lâche, mais pas méchant et avec une certaine noblesse endormie. J'ai toujours senti cette fragilité chez Pierre et je crois que c'est cela qui touche dans ses comédies. Il a été très surpris par ma proposition. Il doutait de pouvoir le faire et il est formidable. Pour ce qui est des deux autres, j'avais Yvan en tête depuis le début et comme Clovis est l'un de ses amis, ils avaient envie de travailler ensemble. Clovis était très attiré par le rôle du méchant car son personnage a des scènes très fortes, tantôt il est très manipulateur, tantôt il est complètement dingue, c'est un personnage énorme, c'est lui qui retient l'attention du spectateur et cela n'a pas échappé à Clovis."