Cinéma

Un soir de 1982, Virginia Vallejo débarque dans le ranch d’un certain Pablo Escobar, près de Medellin. Présentatrice du JT sur une chaîne nationale colombienne, la jeune femme a été conviée, comme d’autres personnalités (joueurs de foot, chanteurs, notables…) à célébrer, sans le savoir, la fondation du cartel de Medellin. La jeune femme est fascinée par ce nouveau riche qui fera bientôt parler de lui en se présentant aux élections et qui affolera l’administration Reagan. La journaliste décide donc de réaliser une interview sur ses projets de construction de logements pour les familles pauvres délaissées par le gouvernement. Puis elle accepte un dîner. Et finit par devenir sa maîtresse. En voix off, elle raconte cette relation houleuse avec le baron de la drogue.

Quand elle a été dévoilée à la Mostra de Venise l’année dernière, cette biographie s’appelait "Loving Pablo". Le film a judicieusement été renommé "Escobar", ce qui est moins trompeur. En effet, le principal problème du film est son absence de point de vue. Ultra-narratif, il prétend raconter la vie d’Escobar du point de vue de l’une de ses maîtresses. Sauf que, la moitié du temps, la jeune femme n’a pas vécu les événements qu’elle raconte et n’apparaît pas à l’écran. Le film se contente donc de retracer les grands faits d’armes du baron de Medellin, non sans une part de fascination d’ailleurs.

Bardem s'offre un rôle sur mesure

"Escobar" apparaît surtout comme un prétexte pour réunir à l’écran un couple espagnol mythique, découvert dans "Jamon Jamon" de Bigas Luna en 1992 : Penélope Cruz et Javier Bardem (tous deux toujours à l’affiche d’"Everybody Knows" d’Asghar Farhadi). Vingt-cinq ans plus tard, les deux acteurs sont devenus des stars internationales, vivent en couple et leur nom suffit à monter un tel projet, confié au cinéaste espagnol Fernando León de Arano, connu pour une série de films sociaux. Bardem est parfait dans le rôle d’Escobar. Plus que parfait même… Cheveux gras, double menton, gras du bide… Enlaidi, le comédien s’offre un rôle sur mesures, habité comme il les aime (même s’il en fait quand même des caisses). Surtout, difficile, face à cette production pensée pour le marché international, de ne pas sourire en voyant le couple Bardem-Cruz s’aimer, s’engueuler, se séparer en anglais avec un pseudo-accent colombien…

Sur ce personnage fascinant qu’est Pablo Escobar, on reverra la série de Netflix "Narcos". Ou, sur le réseau qu’il avait mis en place, "American Made" avec Tom Cruise, dans lequel Doug Liman choisissait, lui, un vrai point de vue, pour montrer l’implication de la CIA et des Etats-Unis dans le narcotrafic.

Scénario & réalisation : Fernando León de Aranoa (d’après le livre "Loving Pablo, Hating Escobar" de Virginia Vallejo). Avec Javier Bardem, Penélope Cruz, Peter Sarsgaard, Julieth Restrepo… 2 h 07.

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