Cinéma Valeria Golino et Alba Rohrwacher, tout en contrastes dans un drame filial intime.

En 2015, Laura Bispuri s’offrait avec "Vierge sous serment" un premier film fort. Après la noirceur et le froid de l’Albanie et de l’Italie du Nord, la cinéaste romaine filme cette fois en pleine lumière, celle de l’été sarde. Dans son second long métrage "Figlia Mia", elle retrouve sa comédienne Alba Rohrwacher, cette fois face à Valeria Golino. Entre les deux actrices italiennes, le contraste est total. Tant en termes de jeu que de physique. L’une est blonde, maigre, le visage aux traits anguleux. L’autre est l’incarnation de la Madone italienne.

Bispuri joue à fond sur ce contraste pour construire ses personnages. Golino incarne Tina une mère ultra-protectrice avec Vittoria (Sara Casu), sa fille de 10 ans. Laquelle se rapproche de plus en plus d’Angelica (Rohrwacher), une jeune femme aussi sauvage et fougueuse que les chevaux du rodéo qui ouvre le film, bientôt expulsée de la ferme abandonnée où elle vit comme une semi-clocharde. On comprend rapidement que les deux femmes sont reliées par un douloureux secret, que la gamine va cherche à percer…

Entre ces deux figures maternelles - l’une représentant la raison et la sécurité, l’autre le grain de folie et la liberté -, Laura Bispuri ne choisit pas. Pas plus que le spectateur face à deux actrices au jeu contradictoire. Car là où Valeria Golino est du côté de la retenue, Alba Rohrwacher se lâche complètement pour camper, parfois de façon trop appuyée, la fille facile du village qui, une fois alcoolisée, couche avec tous les mecs du bistrot.

Si le film sent un peu le déjà-vu, Laura Bispuri séduit par sa direction d’acteurs et la délicatesse de sa mise en scène. Tandis qu’elle n’a pas son pareil pour filmer une réalité sociale que l’on ne connaît pas, celle d’un petit village de pêcheurs sarde, entre l’usine de bottarga (poutargue) et les éleveurs de chevaux… Cette vérité sociale, ainsi que le point de vue radicalement féministe de la cinéaste, confèrent tout son sens à cette confrontation dramatique entre deux femmes se disputant l’amour d’une petite fille fragile. Et ce malgré quelques scènes caricaturales, notamment dans un final tragique maladroit, au sentimentalisme exacerbé et aux références antiques trop évidentes.


© IPM
Réalisation : Laura Bispuri. Scénario : Laura Bispuri&Francesca Manieri. Photographie : Vladan Radovic. Musique : Nando Di Cosimo. Montage : Carlotta Cristiani. Avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier… 1 h 37.