François Ozon chez les Dardenne ?

fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Au centre d’aide sociale, une femme craque. Son homme est parti, les dettes s’accumulent, son petit Ricky est à ce point difficile qu’elle voudrait le placer. Un bébé, comment dire, très différent. On n’en dira pas plus car une surprise de taille attend le spectateur et précipite le film dans une nouvelle dimension.

Surprendre, François Ozon adore cela. Et, une fois de plus, il réussit son coup. C’est sûr, on n’oubliera jamais "Ricky" (sortie le 4 mars) ; à cause de la surprise, bien sûr, mais aussi de la façon dont Ozon balade le spectateur à travers les genres, le drame social, le mélodrame, le fantastique et la comédie. A cause aussi de l’interprétation d’Alexandra Lamy, crédible de bout en bout dans un rôle qui ne semblait pas lui être destiné. Avant de se rendre à Berlin où son film est projeté en compétition, nous avons rencontré le cinéaste, très détendu, très souriant, comme toujours.

Ce film pose un gros problème. Moins le spectateur est informé, plus son plaisir sera grand.

Oui, je sais, mais avec Internet, qu’est-ce qu’on peut faire ? Ceci dit, j’observe que dans les quelques articles parus en France, les journalistes taisent la surprise. Ils ont pris du plaisir à ne pas savoir, ils ne veulent pas en priver le spectateur. J’aimerais être Kubrick et tout contrôler J’ai dit non aux photos explicites, mais on voit un peu dans la bande-annonce. Je comprends la promo, s’il n’y a pas cela, on ne voit que des images déprimantes.

La première séquence, c'est carrément les Dardenne.

Oui, et c’est volontaire. C’était l’idée de placer les spectateurs dans un réalisme d’aujourd’hui, de dire aux spectateurs : vous êtes chez les Dardenne, dans du Ken Loach, et je vais vous emmener ailleurs, parce que je veux faire plus de spectateurs (rires). En fait, en lisant la nouvelle de la romancière anglaise, Rose Tremain, je me suis dit : c’est pas pour moi, on devrait la donner aux Dardenne, ils en feraient un très beau film car cela les obligerait à changer un peu leur système. Mais je ne suis pas producteur mais réalisateur, j’ai gardé l’histoire pour moi avec l’idée de jouer avec le réalisme.

On est surpris par cette passion pour les Dardenne.

J’aime beaucoup les frères Dardenne. Leur apport au cinéma est un des plus importants des dix dernières années, dans leur façon de styliser le réalisme. Ça m’amusait de partir d’eux pour aller ailleurs. Et en scooter. Au départ, j’avais même prévu une mobylette (rires).

Alexandra Lamy est aussi très surprenante ?

Elle a une image stéréotypée de comédienne populaire pour la télé, et, comme le cinéma est très conservateur, j’ai dû me battre pour l’imposer. Comme j’avais dû me battre pour Charlotte Rampling à l’époque de "Sous le sable". Ce n’est pas pour casser son image que je l’ai choisie. Quand je regardais "Un gars, une fille", je trouvais qu’elle avait un formidable sens du rythme. Et, ça ne se dit pas mais je vais le dire quand même, je pense que c’est plus facile de faire "Ricky" que "Un gars, une fille", car il faut du tonus, de l’humour, de la distance sur soi, tous les jours. J’ai l’impression que le drame, c’est plus facile - mais je peux me tromper. Ceci dit, j’ai vu toutes les actrices de Paris. Elle était la meilleure car il n’y a pas de performance, elle vient d’un milieu populaire, elle ne fait pas l’ouvrière, on oublie assez vite que c’est elle.

Elle est extraordinaire dans cette première scène.

Oui, pourtant la scène a failli ne jamais être dans le film. Il s’en est passé des choses avec cette scène. Je l’avais tournée en champ contrechamp mais, finalement, j’ai décidé de ne garder qu’Alexandra, même si c’était embêtant pour sa partenaire dont on n’entend plus que la voix. La scène était prévue au milieu du film mais elle ne fonctionnait pas. On l’a coupée. Après une projo, un jeune assistant du montage est venu me dire : "C’est dommage d’avoir éliminé la scène avec Alexandra." Du coup, je l’ai revue et on a eu l’idée de la mettre au début pour créer cette sorte de fausse piste, une identification immédiate. Ça casse l’image d’Alexandra, ça surprend l’attente du spectateur, ça perturbe tout le monde pendant tout le film, c’est très bien.

Avez-vous un autre projet en route ?

Oui, j’ai commencé à écrire quelque chose que je vais tourner bientôt. Quand le montage se termine, j’éprouve une sorte de dégoût, et je commence à pouvoir penser à autre chose. Des idées viennent, qui ressemblent à ce que j’ai déjà fait. Le premier travail, c’est de les écarter, d’aller vers autre chose. Et puis une idée s’impose, qui devient obsessionnelle et c’est parti. Maintenant, c’est un moment très gai car les gens me surprennent avec leurs interprétations mais, en même temps, je suis déjà ailleurs.

fernand Denis

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