Cinéma

Manuel (Matthias Schoenaerts), Imrane (Adel Bencherif) et Driss (Reda Kateb) ont grandi ensemble dans la même cité de la banlieue parisienne, jusqu’à ce que leurs chemins se séparent. Les deux premiers sont restés dans leur tour HLM et sont devenus trafiquants de cocaïne. Quand le troisième gagnait Paris pour devenir flic. Aujourd’hui capitaine de police aux Stups, Driss recroise, dans le cadre de l’une de ses enquêtes, la route de ses potes d’enfance. Quand, suite à la mort d’Imrane, Manuel est dans la mouise, le flic va être déchiré entre fidélité à ses origines d’enfance et à son métier de policier…


Après un très âpre et très littéraire "Loin des hommes" (d’après Camus en 2015), le Français David Oelhoffen revient avec un polar aux forts accents de tragédie. Ce que met en scène le cinéaste ici, c’est en effet un drame éternel, celui de la fidélité à son passé et à ceux qu’on a aimés. Pour ce faire, Oelhoffen choisit une histoire la plus simple, la plus abstraite possible - les retrouvailles de deux frères devenus ennemis, mais travaillés par le même conflit personnel - pour mieux la garnir de ses propres obsessions, de ses propres questionnements sur la société française.

Frères ennemis est en effet un film profondément mélancolique, qui aborde notamment de façon désabusée la question de l’intégration. Comme dans Loin des hommes, Oelhoffen met en scène le face-à-face entre un Arabe et un Français, par-delà leurs différences. Sauf qu’il inverse les termes de l’équation. S’il campait un paysan berbère illettré venant en aide à un instituteur (campé par Viggo Mortensen) dans le film précédent, Reda Kateb joue ici la figure du flic, de celui qui a adopté les valeurs de la société française, quitte à se mettre en porte-à-faux avec sa famille, ses amis.

A nouveau parfait d’intériorité, faisant émerger le sens du tragique dans chacune de ses expressions, de ses intonations, le comédien donne cette fois la réplique à Matthias Schoenaerts, plutôt à l’aise dans le rôle du petit truand, qu’il affectionne après Rundskop , Quand vient la nuit ou Le fidèle .

Par son sens du récit et par sa capacité à décrire ce milieu de façon quasi documentaire, Oelhoffen transcende la simplicité de son histoire, sans malheureusement parvenir à en gommer les lourdeurs scénaristiques. Il livre en tout cas un polar amer qui, l’un des premiers, marque le déménagement du 36 quai des Orfèvres du centre de Paris vers le nord-ouest de la ville, dans cet immense bâtiment cubique des Batignoles, censé impressionner la banlieue. Quitte à faire perdre un peu de sa mythologie à la police parisienne…

Réalisation : David Oelhoffen. Scénario : David Oelhoffen & Jeanne Aptekman. Photographie : Guillaume Deffontaines. Avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani, Gwendolyn Gourvenec, Fianso, Astrid Whettnall, Ahmed Benaissa… 1 h51

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