Cinéma Dans ce zoo, les animaux les plus farfelus ne vivent pas en cage. Une comédie inclassable qui rime avec agréable.

Laetitia Dosch a l’air aussi allumée que dans "Jeune femme". Est-ce le film de Léonor Serraille qui se poursuit ?

Son sac arrimé sur le dos, elle traverse la route pour rejoindre une poignée de zadistes qui partagent café et croissants. Elle suit le mouvement jusqu’à une voix ferrée où tous les membres s’enchaînent aux rails. Elle aussi.

Il ne s’appelle pas Zorro mais Gaspard vient la sauver. Comme elle ne sait pas très bien où elle va, il lui propose un petit job rémunéré : jouer sa petite amie au mariage de son père, fin de la semaine. Du moment qu’elle est à Biarritz, le vendredi, elle est d’accord.

A peine arrivé avec Laura dans la propriété familiale, Gaspard apprend la nouvelle : la future mariée renonce. Tout annuler, c’est dépenser beaucoup d’argent pour rien. Son frère lui propose de se glisser dans le costume du marié et le tour est joué.

Encore une comédie romantique avec un compte à rebours ? Pas vraiment. C’est que la propriété familiale n’est pas banale et ses occupants originaux, soit un zoo tenu par de drôles d’oiseaux. La mère est morte, tuée par un tigre. Le père fut probablement bonobo dans une autre vie. La sœur ne se sépare jamais de sa peau d’ours. Le frère trime comme un bœuf pour faire tourner la baraque car l’argent manque. Et les touristes manquent aussi. C’est que le regard des visiteurs a changé. Le zoo n’est plus le parc enchanté d’autrefois, il est vu comme une prison pour animaux. Il y a longtemps que Gaspard a quitté ou plutôt fui le nid. Il n’est jamais revenu. Comme Laura, sa petite amie à crédit, on se demande pourquoi.

Gaspard va au mariage mais le spectateur, lui, ne sait où il va. C’est même tout le charme de ce film d’Antony Cordier. On se croyait dans une comédie romantique, on déboule dans un psychodrame familial déjanté, on déroule la chronique burlesque d’une fratrie, on en sort avec une réflexion paradoxale sur la famille et un sourire rêveur. Inclassable rime avec agréable.

Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Marina Foïs ou encore Johan Heldenbergh appartiennent au genre "acteur un peu givré, légèrement barré, pas du tout profilé". Dès lors, leurs tempéraments s’épanouissent au grand air dans cette comédie de traverse qui relève autant de la romcom que du conte fantastique, avec des pépites de fantaisie, des coups de folie, des poussées de nostalgie.

Son goût rappelle de loin les films de Tim Burton, de Wes Anderson et sa "Famille Tenenbaum" ou du "Crazy" de Jean-Marc Vallée. En plus modeste mais avec ce même goût de l’enfance et de la différence.

Après une entrée très remarquée avec "Douches froides", Antony Cordier vous invite à vivre une tout autre expérience.


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Réalisation : Antony Cordier. Scénario : Antony Cordier, Julie Peyr, Nathalie Najem. Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Johan Heldenbergh, Guillaume Gouix, Marina Foïs… 1h43