Cinéma

Ce lundi soir, le Festival international du film de Bruxelles, dont la première édition s’est ouverte mercredi dernier, recevait un invité de marque: Gérard Depardieu. La star franco-russe a fait un saut de puce en Belgique, histoire de faire d’une pierre-deux coups.

A peine arrivée en voiture de Paris sur le coup de 19h, la star s’en est allée recevoir la médaille de la ville de Bruxelles des mains du bourgmestre Philippe Close à l'Hôtel de Ville, sur la Grand-Place. Un peu plus tard, avec trois quart d’heures de retard sur le programme, Depardieu est ensuite monté sur la scène du cinéma Palace pour présenter « Les valseuses ». Interrogé par le journaliste de la RTBF Hugues Dayez, l’acteur a partagé avec le public bruxellois ses souvenirs du tournage du film culte de Bertrand Blier qui, en 1974, l’a révélé au grand public, aux côtés de Patrick Dewaere et de la toute jeune Miou-Miou.

Le souvenir qu’il garde de ce film, c’est une « image de liberté ». « Patrick Miou-Miou et moi, on emmerdait beaucoup Bertrand Blier. On était un peu inconscients. Il y avait des machinos de la vieille école, qui voyaient débarquer des hors-la-loi. Moi, j’avais tourné avant avec Jean Gabin, Claude Brasseur, Michel Serrault et Bernard Blier aussi. Il y avait aussi Delon et Belmondo. C’était une autre école... Je ne sais pas si on pourrait refaire ce film aujourd’hui car les productions ont tellement changé. Maintenant, on est envahi par des séries; il y a très peu de films intéressants. On peut encore en trouver, comme quand Benoit (Poelvoorde) a fait son premier film « C’est arrive près de chez vous »… Ca fait partie d’une certaine jeunesse, d’un certain pays, d’une certaine culture… Moi, j’arrivais là-dedans de Châteauroux. Sauf que j’arrivais à parler, même si c’était les mots de Blier. Il était emmerdé car je savais pas toujours le texte; ça m’intéressait pas trop. Et le texte m’intéresse d’ailleurs toujours de moins en moins. J’arrive à le dire avec une oreillette maintenant. Je veux plus me faire chier à penser. Parce que, souvent, les acteurs pensent trop. Là, c’était assez magique parce qu’il y avait l’insolence et la grâce de la jeunesse. Mais je veux pas rabâcher comme un vieux con, que je suis... C’était une autre époque, mais on fait encore des films très bien », s’amuse Depardieu, très détendu face une salle enthousiaste, à défaut d’être comble. Tout en rappelant qu’il vient de tourner, à Bruxelles, le nouveau film de Bertrand Blier, « Convoi exceptionnel », avec Christian Clavier et Edouard Baer.

Et Depardieu aime en rajouter sur sa légende d’ogre du cinéma français. « J’ai fait ce métier souvent bourré, même au théâtre. C’est vrai... Pour « Danton » par exemple, Wajda voulait des gens fatigués. J’étais bourré du matin au soir… Disons que j’avais la chance d’avoir une nature qui fait partie de la santé. Mais ça ne m’amuse plus aujourd’hui… »

Depardieu aime son public et surtout l’amour qu’il lui offre, en respectant la part d'irrationnel que cela comporte. « Je sais ce qu’un film peut suggérer comme émotion. Mais je ne peux pas vous dire comment ça vient. C’est un tout. Un film, ce n’est pas qu’un acteur, ce sont différentes énergies. La magie surgit quand on ne s’y attend pas. C’est comme un chef d’orchestre qui lève sa baguette. Il cherche un mouvement et vous emmène avec lui. Au cinéma, on ne sait pas quand naît la magie », poétise la star. Qui se souvient par exemple du tournage de « Valley of Love » de Guillaume Nicloux, avec Isabelle Huppert. « Elle me disait: "C’est cette prise-là qui est la bonne." Mais je lui répondais qu’un film, c’est comme un orchestre. "Toi tu joues ta flûte, mais il y’a d’autres instruments, d’autres acteurs. Laisse faire Nicloux…" »

Pour Depardieu, le résultat final n’a d'ailleurs aucune importance. Ce qui l’intéresse, c’est le moment présent, celui du tournage, où il décèle déjà le film à venir. « C’est très beau de voir un machiniste monter un travelling devant un jeune metteur en scène qui ne sait pas ce qu’il va faire, quel objectif il va choisir… Moi, ce que j’aime au cinéma, c’est ce qui existe encore avec Nicloux, les plans séquences. On peut rester sans rien dire, dans le silence. Il n’y a pas de problème si c’est nourri… Le fait de jouer, c’est déjà un mot en dehors de moi. Les choses viennent. Moi, je fais simplement ce qu’on me demande. (…) Ce qui m’agace dans ce métier, c’est l’exposition, le fait qu’on doive défendre un personnage. C’est comme avec ce jeune auteur belge, il faut juste qu’il filme, mais pas qu’il me parle trop. On a déjà beaucoup discuté avant... », estime la star.

Quelques minutes plus tard, Depardieu quitte la scène du Palace sous les applaudissements pour aller manger un bout en vitesse. Avant de quitter Bruxelles pour regagner Paris…