Cinéma Jordan Peele signe un petit film d’horreur qui a tout d’un grand, percutante métaphore comprise.

Voila un prologue qu’on n’oubliera pas. Au smartphone, un jeune homme se plaint avec une pointe d’ironie auprès de sa copine de l’avoir envoyé dans pareil quartier en pleine nuit. Il fait sombre donc, mais le sentier, la verdure, les réverbères sont formels : le quartier est résidentiel, voire carrément huppé. Mais voila, la banlieue chic, c’est hyper dangereux pour un Black, le soir. De fait, une voiture de sport le repère, fait demi-tour et le suit. Notre homme panique, revient sur ses pas. Trop tard, un gars surgit, l’assomme et le jette dans le coffre. Générique.

Le récit démarre dans l’appartement d’un couple mixte très amoureux. Le garçon, black, n’a toutefois pas l’air dans son assiette. C’est le grand jour, il va rencontrer les parents de sa belle. Savent-ils qu’il est noir ? Pourquoi l’aurait-elle précisé, s’offusque-t-elle, ils ne sont pas racistes. De fait, il est accueilli à bras ouverts et chaleureuses embrassades. Pourtant, il ne peut réprimer un petit malaise. La superbe propriété est entretenue par des domestiques noirs qui le regardent d’un air suspect. Le lendemain, le malaise monte encore d’un cran à l’occasion d’une réception dont tous les invités sont blancs. Sauf un, qui lui aussi, ne se montre pas très brother.

On s’en voudrait de dévoiler la suite de ce film de genre certes, mais à ce point bien foutu, qu’on met du temps à identifier lequel. Voila en tout cas, un thriller assez fantastique qui manie avec doigté angoisse et humour tout en abordant la question raciale d’un angle inattendu, qu’on pourrait appeler celui du blanchiment.

Mais qui est ce Jordan Steele ? Un acteur - métis - de comédie, qui passe ici derrière la caméra avec un brio époustouflant car ce petit film d’horreur a tout d’un grand. Et qu’est-ce qu’un grand film d’horreur ? C’est un film qui utilise le genre pour produire une métaphore puissante. C’est "La nuit des morts-vivants" qui voit Romero s’en prendre violemment à l’armée américaine qui utilisent des armes chimiques - à l’origine des zombies - au Vietnam. Dans "Get Out", Jordan Steele réussit, grâce au genre, le tour de force de communiquer la sensation ce qu’est d’être un Noir aux Etats-Unis : l’impression de vivre dans un film d’horreur.


© IPM
Réalisation, scénario : Jordan Peele. Avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener… 1 h 44.