Cinéma

Au cœur de la campagne du Yorkshire, Johnny, la vingtaine, est chargé de faire tourner la ferme familiale. Sa mère est partie, son père est atteint d’une maladie dégénérative. Seule sa grand-mère lui donne un coup de main pour faire le ménage, la lessive, à manger… Du coup, il est obligé de faire appel à un ouvrier agricole, Gheorghe, immigré roumain venu tenter sa chance en Angleterre. Chargés de quelques réparations dans une bergerie éloignée, les deux jeunes gens doivent camper sur place. Et finissent par se rapprocher…

Etrange film que cette romance agricole. Ce premier long métrage de Francis Lee est en effet une façon inattendue d’explorer l’homosexualité en milieu rural, où être gay reste bien plus difficile à faire admettre socialement qu’en ville. Sur ce même thème, Xavier Dolan livrait il y a quelques années "Tom à la ferme". Adapté d’une pièce de Michel Marc Bouchard, le film du Québécois était une farce acide. Lui-même issu d’une famille d’agriculteurs du Yorkshire, le cinéaste anglais opte, lui, au contraire pour un portrait quasi naturaliste.

En effet, "God’s Own Country" n’est pas seulement le récit, très juste, d’une rencontre inattendue entre deux jeunes gens, comblant leur solitude respective au contact l’un de l’autre. C’est aussi une description très brute de la vie d’un paysan au début du XXIe siècle, dans une petite ferme familiale devenue anachronique face aux exploitations agricoles au rendement industriel. Francis Lee filme avec un grand respect les gestes des éleveurs, parfois brutaux, lorsqu’il s’agit de soigner le bétail, d’aider une vache ou une brebis à mettre bas, de soigner un agneau chétif au biberon…

De la même manière, le cinéaste anglais filme avec beaucoup de crudité les corps-à-corps entre ces deux jeunes hommes, campés par deux excellents acteurs : Josh O’Connor et Alec Secareanu. Comme si la sexualité masculine était indissociable d’une forme de violence, de contrainte. Par son montage sobre, sa mise en scène charnelle, au plus près des comédiens, Francis Lee joue en effet sans cesse sur les rapprochements entre les gestes du fermier et de l’amant.

Si le regard posé par le cinéaste sur ces paysans fermés et bourrus n’est pas toujours exempt d’une certaine condescendance, "God’s Own Country" a néanmoins le mérite de tourner sa caméra vers un monde en souffrance, oublié de la mondialisation et du libéralisme triomphant, et qui lutte tout simplement pour sa survie…


© IPM
Scénario & réalisation : Francis Lee. Photographie : Joshua James Richards. Musique : Dustin O’Halloran&Adam Wiltzie. Montage : Chris Wyatt. Avec Josh O’Connor, Alec Secaăreanu, Gemma Jones, Ian Hart… 1 h 44.