Cinéma

Quel est le lien entre une paire de ciseaux et une poêle à frire ? "C 'est dangereux" répond le jeune homme à un psy, très intrigué par cette réponse. Robert Pattison, très agité, déboule alors dans le cabinet, insulte le thérapeute et emmène son frère, souffrant d’un retard mental. C’est qu’il a prévu une activité : braquer une banque. Un papier va et vient sous l’hygiaphone et ils quittent l’agence new-yorkaise avec 65 000 dollars en poche et les flics au derrière. Le frérot se fait pincer une heure plus tard. Dès lors, Robert Pattison est prêt à tout et surtout à n’importe quoi pour le faire sortir de prison.

"Good Time" propose le trajet inverse des films d’Almodovar. Le cinéaste espagnol met le spectateur en contact avec des personnages borderline, transgressifs qui, au départ, ne suscitent aucune sympathie. Pourtant, on sortira du film bouleversé. Les frères Safdie font le contraire, ils imposent une empathie immédiate pour ce duo composé d’un frère déficient mental et de l’autre surprotecteur. Mais plus on avance dans le récit, plus on s’en désintéresse, la fin est une délivrance au goût amer.

Humainement, ce n’est pas un film très agréable à regarder. Artistiquement, non plus. Pourtant, on en a réussi des films épatants avec des ratés, des dudes, des marioles, des laissés-pour-compte. Les frères Coen, pour ne parler que d’eux, le démontrent quasiment à chaque fois. Mais ils ont du talent, les frères Safdie n’ont que de l’esbroufe. Leur seule préoccupation est de démontrer qu’ils sont les nouveaux Scorsese et Tarantino. Leur plongée dantesque au cœur du Queens est chargée d’en mettre plein la vue, façon années 80. C’est pathétique car ils sont juste capables de monter le son pour créer de la tension. On coupe la musique, y a plus de scène.

Et puis les Coen ont des acteurs. John Turturro, John Goodman, Jeff Bridges sont des givrés magnifiques. Robert Pattison s’agite en prenant, hystériquement, le spectateur à partie : "t’as vu comme je peux faire autre chose que Twilight" ! C’est vrai qu’il se donne du mal notre "Dior homme", il ne craint pas de bousiller ses beaux cheveux avec des teintures agressives pour faire baraki.


© IPM
Réalisation : Ben Safdie, Joshua Safdie. Scénario : Ronald Bronstein, Joshua Safdie. Avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Buddy Duress… 1h 40