Cinéma La singulière appétence d’une apprentie vétérinaire. Un premier film mordant.

Coproduit en Belgique par Frakas Productions, majoritairement tourné à Liège (on reconnaîtra le Sart Tilman), "Grave" mérite son titre… C’est un coming of age movie crypté sous forme de film d’un genre, où l’on suit les premiers pas de Justine (Garance Marillier) dans une école de vétérinaires.

Dans sa famille, on est végétarien de père en filles. Retrouvant sa soeur aînée Alex (Ella Rumpf), déjà dans l’école, Justine est forcée lors des épreuves de bizutage à manger un rein de lapin.

Les jours suivants, une violente réaction épidermique se déclenche. A peine remise, Justine se découvre une appétence pour la viande - fraîche et sanglante de préférence… Désir coupable dont son entourage va rapidement faire les frais.

Julia Ducournau tient a priori un bon pitch pour son premier long métrage, à 33 ans. Et la première moitié de "Grave" ne déçoit pas. Révélé à la Semaine de la Critique cannoise, le film a fait tourner de l’œil à une partie du public qui l’a découvert ensuite au Festival de Toronto. C’est vrai qu’au menu on trouve des animaux disséqués, l’un ou l’autre démembrement et un rapport très charnel au sexe. Attention toutefois : ceci n’est pas un B-Movie pour séance du samedi soir entre potaches.

Le cinéma de Julia Ducournau - allons-y pour le jeu de mot évident - a vraiment du mordant même si elle n’est certes pas la première de sa génération - ni même de celle qui précède - à recourir au gore pour en dire plus sur les corps, les genres et les âmes ("We Are What We Are" de Michel Grau, "Let The Right One In" de Tomas Alfredson, "Ginger Snaps" de John Fawcett ou "Trouble Every Day" de Claire Denis ont participé du même genre sous un regard auteuriste).

Dans le rôle principal, Garance Marillier porte l’innocence qui sied à ce personnage de première de classe, un peu coincée et encore innocente, confrontée brutalement aux questions de la norme : rentrer dans le rang ou en sortir, respecter l’interdit familial ou se soumettre à la dictature du collectif ?

Sa sœur et son voisin de chambre homo vont se charger de déniaiser un peu. La jeune actrice traduit à la perfection la métamorphose physique mais aussi psychique - ainsi que les affres qui l’accompagnent.

Passé le premier twist - amené de doigt de maître quoique largement attendu vu la com’ entourant le film - le récit piétine un peu. La réalisatrice semble avoir épuisé son idée, géniale, initiale. A partir de là, elle doit encore tenir la distance jusqu’à la fin - et le dernier rebondissement, que les plus roués devineront d’autant plus aisément que le casting est là pour nous aider…

Alors, la réalisatrice compose, avec un talent visuel certain, quelques séquences chocs, rajoute deux ou trois morceaux indie-rock pêchus pour occuper l’espace. Mais le récit patine et les personnages n’évoluent plus guère. Reste l’art de la mise en scène, les décors, les ambiances et les comédiens pour donner chair à un film néanmoins sidérant.

Le titre international du film est doublement opportun : "Raw" signifie "cru" en français, mais aussi "brut". De fait, on attendra la suite du menu pour trancher définitivement sur le potentiel de Julia Ducournau.


Réalisation et scénario : Julia Ducournau. Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella,… 1h35.