Cinéma

Une gamine de huit ans chante une chanson à sa mère pour l’endormir en lui caressant l’épaule. Un enfant qui se comporte comme un adulte car l’adulte se comporte comme un enfant, c’est malheureusement un cliché au cinéma. Marion Cotillard joue une cagole qui force sur la bouteille. La maman est alcoolo et la fillette trinque. L’expression est à prendre dans les deux sens, car la gamine termine les verres et sert du whisky à ses peluches avant de les mettre au dodo.

Un jour, la mère disparaît et la petite se retrouve seule dans l’appartement. Ou est-elle partie ? "Nobody Knows", car on pense forcément à Hirokazu Kore-Eda.


Quel est le point de vue de la scénariste, l’enjeu du film pour la réalisatrice Vanessa Filho ? Son point de vue est pareil à celui du photographe du calendrier municipal de Saint Cyr sur mer où se déroule le récit. Vanessa Filho tire profit des beaux couchers de soleil et des couleurs sublimes de l’after sunset, ça donne bien quand la fillette ère toute seule. Elle exploite aussi la foire, la baie, les calanques; il y a des rushes à récupérer par l’office du tourisme.

Quant à l’enjeu du film, c’est à l’évidence offrir un rôle de poivrote à Marion Cotillard, une performance qui manquait, sans doute, à sa galerie. Elle y met tout son cœur, comme son coiffeur - sa coupe en blonde platine est impeccable de bout en bout. Toutefois, être bourrée n’est pas ce qu’elle a fait de plus convaincant. Pour sa défense, elle n’a pas grand-chose à jouer, non plus. On a enfin l’impression de tenir le sujet quand la petite se met à picoler mais comme elle n’est jamais saoule, le scénario fait du surplace.

"Gueule d’ange" provoque carrément la gêne. Comment peut-on aborder pareil sujet avec une telle overdose d’artificialité ? Vanessa Filho se comporte avec son film, comme la mère bourrée avec sa fille. Elle se saoule d’images maquillées, livre la gamine à elle-même pendant qu’elle fait joujou avec la caméra. On en sort avec la gueule de bois.

Réalisation : Vanessa Filho. Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir… 1h 48.

© IPM