Cinéma Nous avons rencontré Guillermo Del Toro quelques heures avant la Masterclass qu'il donnait au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, mercredi soir (lire notre article complet). L’occasion de revenir sur d’autres aspects de son cinéma.

Hollywood est-il devenu le dernier endroit des Etats-Unis où les Mexicains sont bien accueillis ?

Je ne sais pas si c’est le dernier, mais c’en est un. Vous savez pourquoi recevoir un Oscar de la DGA (Directors Guild of America) est si gratifiant ? Parce que ce sont les seules personnes qui savent vraiment comment on fait un film. Beaucoup de personnes pensent savoir, mais très peu le savent réellement. Derrière ce choix, il y a un véritable amour de l’artisanat, de la sincérité et de l’intégrité d’un film, indépendamment de son origine et de son genre. Il est magnifique que quatre des cinq derniers Oscars du meilleur réalisateur aient été attribués à des Mexicains. Mais la véritable diversité sera atteinte quand cette origine ne devra même plus être mentionnée.

Votre speech de remerciement portait sur le sujet…

Oui, parce que cette diversité parfaite n’existe pas encore. Pour moi, Javier Bardem dans "No Country for Old Men" est un exemple de pure diversité. On a un acteur espagnol qui joue un personnage aux origines indéfinies dans un film américain. C’est fantastique. Mais cela n’existe pas encore assez.


Votre cinéma est différent de celui d’Alejandro Gonzales Iñarritu et Alfonso Cuaron, mais vous partagez cet attrait pour les recoins sombres de l’humanité, pourquoi ?

Disons que nous partageons l’amour des images poétiques. Or, cette poésie est inévitablement accompagnée d’une certaine noirceur. Dans mes films, la beauté et la violence interviennent toujours à parts égales. Je pense que c’est une approche très latine. Vous devez connaître la face sombre des choses pour prendre conscience de leur dimension lumineuse.

Vous croyez à l’existence des mondes parallèles qui apparaissent dans vos films ou s’agit-il de constructions de l’esprit de vos personnages ?

Je pense que fantastique et réalité sont connectés, mais pas dans un sens surnaturel. Je ne pense pas qu’il existe une réalité alternative, un autre monde que certains seraient capables de percevoir et d’autres non. C’est une façon de se donner une échappatoire, ou au contraire de voir la réalité avec un peu de hauteur. Les individus qui ne voient leur existence que de façon "réaliste" ont une vie ennuyeuse. Si vous réinterprétez votre réalité à travers les paraboles ou les fables, vous développez une vision des choses plus abstraite et plus intéressante, selon moi.

© AP - Del Toro and Inarritu

Vous ne situez jamais vos films au Mexique, pourquoi ?

J’aimerais beaucoup retourner dans mon pays. Si j’avais pu, je ne l’aurais même jamais quitté. Mais après avoir tourné "Mimic" (1997), mon père a été kidnappé. Tant que mes enfants ne sont pas adultes, je ne peux pas y retourner.