Cinéma Un vagabond allemand trouve refuge dans un village luxembourgeois. Un thriller singulier, qui ressemble à une métaphore de l’immigration.

Dans la brume du matin, un homme traverse des champs. Jens (Frederick Lau), Allemand, cherche du travail comme saisonnier aux environs d’un bourg rural luxembourgeois. D’abord éconduit par un fermier, il est séduit le soir même à la fête du village par une jeune femme effrontée, Lucy (Vicky Krieps, vue récemment dans Phantom Treads de Paul Thomas Anderson).

Le lendemain, Jos Gierens (Marco Lorenzini), patriarche du village, impose à un autre fermier d’engager Jens. Il négocie même pour lui un salaire plus élevé que celui offert aux saisonniers polonais. Jens est perplexe sur cette main tendue de Jos - qui lui glisse toutefois un avertissement : "Les gens d’ici sont un peu rudes, mais en les connaissant, tu te feras des amis. Si tu ne touches pas à la femme d’autrui".


Au fil des jours, à force de travail et de parties de carte, l’étranger s’intègre à la petite communauté. Lucy le poursuit de ses assiduités tandis que Jos lui propose - sans vraiment lui laisser le choix de dire non - d’intégrer la fanfare locale.

Jens a clairement un secret et une raison de s’isoler dans ce trou perdu. On l’interroge, mais sans insister. Mais le village cache aussi quelque chose. Il y a ces photos érotiques étranges trouvées dans la caravane où Jens loge. Cette maison abandonnée gardée par un molosse que visite Lucy. Ce villageois qui a disparu "du jour au lendemain" quelques années plus tôt. Ces deux gendarmes qui recherchent les auteurs du hold-up d’un casino de l’autre côté de la frontière…

Qui aurait cru qu’un thriller nous arrive du Luxembourg ? Venue du documentaire, Govinda Van Maele signe un premier long métrage de fiction qui captive par l’intrusion du trouble et du mystère dans ce qui ressemble au début à une chronique rurale empreinte de réalisme social.

Inspirée, la mise en scène transmet au spectateur le malaise de plus en plus pesant que ressent Jens face à son environnement. Les évidences (comme les raisons de l’exil de Jens) sont vite éventées pour laisser la place à de nouvelles questions. Progressant par touches subtiles, le récit mue progressivement, détourne les pistes et change même, avec audace, de tonalité dans son dernier quart d’heure.

Avec son titre presque ironique (le Gutland est le nom de la région du centre et le sud du Luxembourg mais le terme signifie littéralement "Bon pays"), on pourrait s’amuser à lire dans ce thriller atypique une métaphore de l’esprit identitaire avec un immigré (tout Allemand qu’il soit) contraint jusqu’à l’extrême de s’intégrer.

Réalisation et scénario : Govinda Van Maele. Photographie : Narayan Van Maele. Avec Frederick Lau, Vicky Krieps, Marco Lorenzini,… 1h47

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