Cinéma

Ron Howard signe un second spin-off guère audacieux de la saga « Star Wars », revenant sur la jeunesse d’Han Solo...

Vivant captif sur la planète Corellia, le jeune Han (Alden Ehrenreich), charmeur et roublard, parvient à échapper à ses geôliers, mais doit laisser derrière lui la belle Qi’ra (Emilia Clarke). Rêvant de devenir pilote, il s’est juré de revenir la chercher dès qu’il aura réuni assez d’argent pour s’offrir son propre vaisseau. S’engageant dans la Flotte impériale, il est exclu de l’académie et réduit au rôle de fantassin. Alors qu’il tente de sauver sa peau sur un champ de bataille, il tombe sur Tobias Beckett (Woody Harrelson) et sa bande de contrebandiers. Han est bien décidé à tenter sa chance avec eux, plutôt que de continuer à servir l’Empereur...

Dévoilé jeudi à Cannes, « Han Solo » était évidemment attendu avec impatience par tous les fans de la saga imaginée il y a plus de 40 ans déjà par George Lucas. A la barre de ce nouvelle « Star Wars Story » (nom donné par Disney aux spin-off qui s’écartent de la ligne narratrice principale), on retrouve d’ailleurs un ancien collaborateur du cinéaste, Ron Howard, qui a fait ses débuts dans « American Graffiti » en 1973. Depuis, l’acteur est devenu un réalisateur chevronné. Sans surprise, l’auteur d’« Apollo 13 » ou du « Da Vinci Code » se montre plutôt à l’aise dans l’exercice, même s’il peine à imposer réellement sa patte ici, livrant juste le film attendu. Sans plus.

La faute n’incombe d’ailleurs pas seulement à Ron Howard – qui a repris le projet des mains de Phil Lord et Chris Miller, suite au débarquement de ceux-ci après plusieurs mois de tournage –, mais plutôt à un scénario beaucoup trop mécanique et jamais audacieux. Comme pour “Le réveil de la force” en 2015, le scénariste Lawrence Kasan (auréolé du titre de gardien du temple de la saga, puisqu’il est l’auteur du script de “L’empire contre-attaque” et du “Retour du Jedi”) ne parvient pas à s’affranchir de la mythologie “Star Wars”. Contrairement à ce qu’avaient réussi Chris Weitz et Tony Gilroy dans le premier spin-off en 2016.

Si “Rogue One” était en effet nettement plus intéressant, c’est qu’il osait, justement, s’aventurer dans des terres inconnues, en l’occurrence le film de guerre.. Mêlant des éléments romance et de buddy movie (avec Chewie), “Han Solo” louche aussi lourdement sur le western, à travers le personnage de Woody Harrelson, véritable homme aux pistolets-laser d’or qui annonce le futur Solo, mais aussi avec une attaque de train… Bref, en mêlant tous les genres, le film nous ressert la bonne vieille recette de l’oncle George. Mais ça commence à sentir le réchauffé…

Si ce second spin-off est aussi corseté, c’est évidemment aussi à cause de son personnage principal, dont il est bien entendu inimaginable d’écorner l’image. Dans le rôle du jeune Harrison Ford, Alden Ehrenreich s’en sort plutôt bien. Découvert enfant dans “Tetro” de Coppola en 2009, revu dans “Blue Jasmine” de Woody Allen ou “Ave, César !” des frères Coen, le jeune acteur se la joue cool toujours et sourire en coin.

Situé chronologiquement entre “La Revanche des Sith” (épisode III) et “Un nouvel espoir” (épisode IV), le film se sent malheureusement obligé d’expliquer un par un tous les éléments du mythe : l’origine du nom Solo, sa rencontre avec Chewbacca et Lando Calrissian ou encore son coup de foudre pour le Falcon Millenium. Le tout parsemé de quelques-unes de ses répliques cultes et de références à la mythologie globale de “Star Wars”. Mais cela ne suffit pas à cacher le vide intersidéral du scénario d’un point de vue thématique. Même si les scénaristes tentent un clin d’œil un peu forcé au mouvement #MeToo, en ébauchant une révolte de droïdes (vite oubliée), menée par un robot féminin réclament des droits égaux aux humains…

Bref, malgré de beaux décors bien poussiéreux – raccord avec la trilogie originale –, nous emmenant à la découverte de nouvelles planètes et de nouveaux peuples galactiques, “Han Solo” est décidément beaucoup trop sage. A force d’avoir peur à tout prix de décevoir les fans, on se coupe aussi de la possibilité de les surprendre…


--> Réalisation: Ron Howard. Scénario: Jonathan & Lawrence Kasdan. Photographie: Bradford Young & Hans Bjerno . Musique: John Powell & John Williams. Montage: Pietro Scalia. Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke, Donald Glover, Woody Harrelson, Thandie Newton, Paul Bettany… 2h15.

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