Cinéma Impressionnante, l’actrice incarne une vielle femme forcée de réinventer sa vie…

Face caméra, Charlotte Rampling, le visage rouge de colère, hurle… Hannah, son personnage, participe à un cours de théâtre, où elle fait l’expérience des exercices d’expression corporelle, qui lui permettent d’exprimer toute sa colère contenue. Elle reprend ensuite le métro et rentre dans son petit appartement, où elle dîne en silence devant la messe à la télévision, en compagnie de son mari (André Wims). Le lendemain, elle conduit celui-ci à la prison, avant de rentrer chez elle. La voilà désormais seule, terriblement seule, le chien se désolant de ne pas voir rentrer son maître… Les journées d’Hannah s’écoulent lentement, entre son travail comme femme de ménage dans une grande villa et ses répétitions théâtrales…

Ecrit pour Charlotte Rampling et tourné à Bruxelles, le second long métrage de l’Italien basé aux Etats-Unis Andrea Pallaoro (cf. ci-contre) ausculte le sentiment de solitude d’une vieille femme dont la vie s’effondre après 40 ans de vie commune avec un homme qu’elle croyait connaître. Pour explorer ce sentiment de vide et de perte, Hannah aurait pu être veuve mais ce qui intéresse le réalisateur italien, c’est de mettre en relation l’état mental de son héroïne avec la société qui l’entoure, dont le regard pèse lourdement sur l’épouse d’un homme condamné pour ce qu’on imagine rapidement être une affaire sordide.

La mise en scène de Pallaoro se concentre sur l’impossibilité pour Hannah d’exprimer ses sentiments, sinon par la répétition de la pièce d’Ibsen "La Maison de poupée". Dans ce rôle très intense, tout en intériorité, on retrouve une Charlotte Rampling au sommet de son art. Quasi sans dialogue, la comédienne parvient à faire passer sur son visage les affres que traverse cette femme dont le monde vient de s’effondrer. Chaque geste, chaque regard témoigne des profondeurs abyssales qui hantent cette femme seule forcée à se réinventer une vie.

Appuyant toujours sur la même note blanche, "Hannah" est malheureusement fort monocorde. Filmant la dépression de façon un peu trop dépressive, le cinéaste italien se donne par moments des postures d’auteur très appuyées… Reste qu’en restant scotché à son dispositif de mise en scène radical (un seul personnage, une absence quasi totale de dialogues…), Pallaoro accouche d’une vraie proposition cinématographique, dans laquelle peut s’épanouir le talent de Charlotte Rampling. Après le récent "45 Years", l’actrice livre en effet à nouveau ici une performance bouleversante.


© IPM
Réalisation : Andrea Pallaoro. Scénario : Andrea Pallaoro&Orlando Tirado. Photographie : Chayse Irvin. Musique : Michelino Bisceglia. Montage : Paola Freddi.. Avec Charlotte Rampling, André Wilms, Stéphanie Van Vyve, Jean-Michel Balthazar… 1 h 35.