Cinéma L’intrusion d’un vieil ami dans une famille en bouleverse l’équilibre. Un thriller psychologique en retenue, par un émule nippon d’Eric Rohmer.

Nous sommes un couple depuis l’accident de notre fille." Ce constat asséné par Akie à son époux Toshio résume la vision terrible de Koji Fukada sur les relations humaines. Il indique aussi au spectateur que le sujet profond de "Harmonium" n’est pas son intrigue à proprement parler mais bien les mécanismes qu’elle permet de révéler.

Au début du cinquième film de ce Rohmer nippon, on découvre une petite famille a priori banale. Toshio tient une petite entreprise métallurgique. Akie s’occupe de la comptabilité et de l’éducation de leur fillette unique. Tout au plus, on sent bien, effectivement, que dans ce couple, la passion et les signes extérieurs d’affection ne sont pas débordants. Akie est religieuse et transmet ses préceptes protestants à sa fille. Toshio semble loin de tout ça.

Un matin, il trouve devant la porte de son atelier Takashi. On comprend que ce dernier est une vieille connaissance et qu’il vient de passer plusieurs années en prison. Il n’a plus ni famille, ni travail. Toshio, bien que manifestement mal à l’aise, s’empresse de le prendre comme assistant et de le loger.

Mise devant le fait accompli, Akie contient son mécontentement, en bonne épouse japonaise. La politesse de Takashi et son intérêt pour les leçons d’harmonium de Yasaka adoucissent son regard. Takashi finira par confesser son crime à Akie. Mais a-t-il tout dit ? Et que cherche-t-il réellement ?

Le cinéma de Koji Fukada, à l’instar de ses personnages, est tout sauf démonstratif. Son sens réside autant dans ce qui est dit et montré que dans ce qui ne l’est pas. Comme celle de l’harmonium de Yasaka, sa musique est a priori austère et singulière, un peu âpre. Mais elle a de la profondeur.

Son récit, tout en étant linéaire, et même parfois prévisible, emprunte des chemins de traverses, et recèle quelques coups de théâtre. Tous, encore une fois, sont là pour faire ressortir la solitude profonde des personnages, le poids des non-dits, qui tient autant à la culture sociale japonaise qu’à la culpabilité, universelle. On pourra se laisser aller à scruter les échos, références ou réminiscences plus ou moins conscientes, d’œuvres d’auteurs européens, inévitables chez un réalisateur qui cite Rohmer et Balzac comme sources d’inspirations. Impossible, entre autres, de ne pas penser au "Fils" des Dardenne dans la deuxième partie.

Riche de réflexion pour ceux qui oseront affronter sa rigueur formelle, "Harmonium" est l’œuvre d’un auteur qui, à l’instar d’un de ses protagonistes, utilise son art pour regarder le monde sous un angle révélateur.


© IPM
Réalisation et scénario : Koji Fukada. Avec Asano Tadanobu, Tsutsui Mariko, Furutzchi Kanji… 1h58.